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Atlantico : Comment la mise en scène de héros atteints de maladie mentale dans les séries TV aide les personnes qui en souffrent

le 29 septembre 2016

[Atlantico] Carrie Mathison, Dexter, Sheldon Cooper... En mettant en scène des héros atteints de troubles psychologiques, les nouvelles séries télévisées sont d'un grand secours aux patients souffrant de maladies mentales, qui restent un sujet tabou en France. Entretien avec Raphaël Gaillard.

Alors qu'elles sont ultra-fréquentes, les maladies mentales sont encore taboues en France, et restent très fortement stigmatisées. Les séries télévisées qui mettent de plus en plus en scène des héros atteints de maladie mentale aident les patients à : retrouver une image positive d'eux-mêmes, sortir de leur isolement et parler de leurs souffrances. Pour dédiaboliser les maladies mentales, les séries TV sont bien plus efficaces que n'importe quel autre moyen de communication.

Dexter, Tony Soprano (sociopathes), Sheldon Cooper (syndrome d'Asperger), Adrian Monk (victime de TOCS), Docteur House (addiction aux médicaments), Carrie Mathison (bipolaire), Don Draper (dépressif)... Depuis les années 2000, rares sont les héros de séries télévisées qui ne souffrent pas de troubles mentaux. Pensez-vous que ces mises en scène puissent aider les personnes souffrant de troubles mentaux à mieux accepter leur maladie ? 

 Raphaël  Gaillard : Les scénaristes des séries TV ont en effet beaucoup progressé dans la manière de présenter les maladies mentales, ce qui aide à mon sens énormément nos patients. D'abord parce que, très loin du film "Vol au-dessus d'un nid de coucou", ces nouveaux héros de séries TV souffrant de troubles mentaux redonnent une image positive d'eux-mêmes à nos patients. En effet et bien que les maladies mentales soient extrêmement courantes, en souffrir est encore très stigmatisé dans le grand public. La schizophrénie est par exemple systématiquement associée dans l'imaginaire collectif à des personnes dangereuses, voire à des meurtriers. A tort bien sûr. Sur ce point, des héros comme Carrie Mathison (bipolaire) dans Homeland montrent que même si ce n'est pas facile, souffrir d'une maladie mentale n'est dans la plupart des cas ni dangereux (l’héroïne travaille pour la NSA), ni marginalisant si on est bien suivi médicalement (l'héroïne fonctionne très bien lorsqu'elle prend son traitement). Cela peut même, dans certains cas, être un atout : lors de ses crises de bipolarité, Carrie Mathison est beaucoup plus créative que les personnes ne souffrant pas de troubles mentaux, ce qui lui permet de déjouer un projet d'attentat terroriste. Ces nouvelles séries TV mettant en scène des troubles mentaux permettent en outre aux patients de se sentir moins seuls face à leurs souffrances. Encore aujourd'hui, être atteint d'une maladie mentale est volontiers tabou, au point que ceux qui en sont victimes n'osent en parler à personne : ni à leurs amis, ni à leurs collègues, voire à leur famille...

Source Atlantico