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Femina : L’addiction sexuelle, ça existe vraiment?

le 11 décembre 2017

Harvey Weinstein et Kevin Spacey, comme d’autres, ont couru en cure de désintox sexuelle dès que leurs comportements ont été rendus publics. ce diagnostic ne serait-il pas du pain bénit pour ne rien assumer, ni pénalement ni moralement?

C’est l’histoire d’un colosse de 130 kg, mal rasé et colérique, soudain obligé de se mettre au yoga et au tai-chi. Harvey Weinstein a en effet troqué son nœud papillon pour une blouse d’hôpital. Le but de son internement dans une clinique de l’Arizona? Guérir du mal qu’il accuse de ses dérapages: l’addiction sexuelle. Car aux yeux de ses avocats, pas de doute, The Pig (son surnom dans le gotha) est un homme malade, dirigé par ses pulsions, donc pas responsable de ses actes, donc pas un criminel.

Le voici désormais en train de suivre une cure en plein milieu du désert. Il n’est pas resté seul longtemps: viré fissa de sa House of Cards, Kevin Spacey a pu tester le programme quelques semaines plus tard, lui aussi parachuté en urgence sous le même hashtag #JeSuisUnDroguéDuSexe. Des célébrités malades qui veulent guérir de leurs vieux démons via un traitement, tout va bien dans le meilleur des mondes, non?

Le hic, c’est que la maladie dont ces patients très spéciaux entendent se débarrasser n’existe peut-être tout simplement pas.

«L’addiction sexuelle est absente des classifications officielles des maladies psychiques, relève Lorenzo Soldati, psychiatre responsable de la consultation spécialisée de sexologie des HUG. Ce terme est apparu à la fin des années 1970, en Angleterre, avant de devenir à la mode avec les repentances médiatisées de stars hollywoodiennes prises dans des scandales de mœurs, comme David Duchovny ou Tiger Woods.»

Des spécialistes en désaccord

Le concept fédère davantage dans l’espace médiatique qu’au sein des collèges d’experts listant les pathologies mentales. Il s’est ainsi vu refuser par deux fois l’entrée dans le très sérieux DSM, la bible de la psychiatrie made in USA, qui reprend plus ou moins la même terminologie que l’ICD 10, classification de référence des maladies établie par l’OMS.

Faire état publiquement d’une malheureuse dépendance à la chair pour absoudre l’adultère ou la contrainte sexuelle apparaît donc comme une belle excuse. Cela permet opportunément de ne pas assumer une vie sexuelle débridée que la morale et le public réprouvent… ou de tenter de fuir ses responsabilités si l’on a commis des actes punissables par la loi.

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