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Figaro : Détecter et prévenir les troubles psychiatriques ?

le 31 janvier 2017

[Figaro] La psychiatrie s’interroge désormais sur la possibilité de repérer des maladies mentales chez les adolescents et les jeunes adultes.

Si on avait écouté plus attentivement ses diatribes mégalomaniaques, aurait-on évité au rappeur Kanye West une hospitalisation psychiatrique d’urgence due à une bouffée de psychose ? Et la sculptrice Camille Claudel, sœur de Paul, mieux considérée et écoutée, aurait-elle pu échapper à sa mort sordide dans une institution pour aliénés ?

Autant de questions qui se posent désormais devant les nouveaux chantiers de  la  psychiatrie moderne  et  notamment  ceux  liés  à  la détection  précoce des maladies mentales dans leurs for- mes  les  plus  sévères –  autisme,  schizophrénie, bipolarité… Avec le recul, Bénédicte Chenu, membre de  l’association Promesses  (PROfamille  et  Malades :  Éduquer,  Soutenir,  Surmonter  Ensemble  les  Schizophrénies-www.promesses.sz.fr)  et  maman d’un  fils  diagnostiqué  à  « seulement » 17  ans  –  il  faut  entre  cinq  et  sept  ans pour  poser  un  diagnostic  –,  s’estime avoir  été  mieux  lotie  que  d’autres : « Quand  on  détecte  tôt  la  maladie,  on peut  avoir  recours  à  un  traitement  et  à des  thérapies  d’accompagnement  permettant d’envisager  la suite de ses pro- jets,  témoigne-t-elle.  Et  on  l’entoure différemment,  on  veille  notamment  à créer autour de lui un climat de stabilité, une hygiène de vie  favorable,  en  le pré- venant  des  risques  entraînés  par  la consommation  de  cannabis. » Mais  ces vertus  du  dépistage  précoce  doivent, selon elle, s’appuyer aussi sur un puis- sant  esprit  de « déstigmatisation  de  la maladie mentale ».

Changement de paradigme

C’est  tout  le  débat  agitant  en  ce moment  la  communauté  psychiatrique. La chercheuse Laelia  Benoit, psychiatre  à  la  Maison  de  Solenn  et  au Cermes3, en a fait le sujet de son livre L’Adolescent « fragile ». Peut-on prédire  en  psychiatrie ?  aux  Éditions  Recherches.  «  D’un  côté,  des  psychiatres expérimentaux  munis  de  protocoles standardisés qui calculent le risque dans l’espoir  d’intervenir  plus  vite, observe- t-elle.  De  l’autre,  des  professionnels psychiatres qui craignent des prévisions trop rapides et des prophéties “autoréalisatrices”  enfermant  les  jeunes  adolescents  sous  une  étiquette.  À  un  âge  où l’on se cherche, une prévision trop rapi- de  peut  avoir  un  impact  durable  sur l’estime  de  soi . » Pour sortir de ce clivage, la chercheuse relève la nécessité de  faire  davantage  intervenir,  sous forme de témoignages notamment, les patients eux-mêmes et  leurs  proches. Ce qui relève d’une mutation profonde du soin psychiatrique.

Source Figaro