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Figaro : Jean Delay, médecin de l’art ou artiste de la médecine ?

le 2 février 2017

[Figaro] Ce nouvel ouvrage nous raconte l’expérience clinique de Jean Delay qui va l’inciter à disséquer le plus finement possible les liens entrelacés des névroses et de la créativité artistique, et il va inventer un nouveau genre littéraire, la psychobiographie.

À 20 ans, quand il devient interne des hôpitaux de Paris, Jean Delay décide de consacrer sa vie à ses deux passions: «psychiatrie et littérature» (car «La psychiatrie EST littérature» et «Il n’y a pas de littérature sans névrose»). Il va exceller dans les deux. Grâce à sa fille Florence, membre de l’Académie française (au fauteuil 17), au psychiatre Marc Masson et à un aréopage de professeurs et d’académiciens, l’ouvrage collectif «Jean Delay, psychiatre et écrivain» nous donne l’occasion de revenir sur son incroyable parcours et de découvrir quelques textes inédits.

Baccalauréat à 14 ans et demi

Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie, raconte la carrière de Jean Delay (1907-1987) comme une «conquête au galop », toujours premier, toujours le plus jeune: «Interne des hôpitaux à 20 ans, agrégation de médecine à 31 ans ; leçon inaugurale à 40 ans, élection à l’Académie de médecine à 48 ans (au fauteuil 10) ; élection à l’Académie française à 52 ans».

Faut-il faire débuter sa carrière quand il obtient son baccalauréat de philosophie à 14 ans et demi, avec pour sujet: «Les rapports du physique et du moral»? Ou dans les arènes de Bayonne, dont il est natif et où, comme il l’expliquera, il découvrira son horreur de la foule, de ce genre de spectacle, de la cruauté, de l’exhibitionnisme…? Ou encore chez un tourneur sur bois, puis un électricien, puis un relieur où il se fait «stagiaire» pour gagner de l’agilité manuelle en attendant de faire sa médecine? Élégant laboureur des riches terres de l’esprit, sa charrue sera toujours mue par ses deux muses.

«La psychiatrie qui guérit»

Le 26 mai 1952, à l’occasion du centenaire de la Société médico-psychologique, Jean Delay présente à Paris ses travaux, réalisés à l’hôpital Sainte-Anne dont il est l’un des patrons, sur l’action de la chlorpromazine. Étape décisive dans la naissance de la thérapeutique médicamenteuse en psychiatrie et dans la découverte des neuroleptiques. La psychopharmacologie, cette «psychiatrie qui guérit», est née et se répand dans le monde entier, bouleversant le quotidien des soignants et des soignés des hôpitaux psychiatriques. Parallèlement, ce qui est une question humaine pour le médecin, biologique et biochimique pour le chercheur, est aussi une question littéraire pour l’écrivain. En particulier, son expérience clinique va l’inciter à disséquer le plus finement possible les liens entrelacés des névroses et de la créativité artistique.

Jean Delay va donc inventer un nouveau genre littéraire, la psychobiographie, appliquée à André Gide ou Roger Martin du Gard. Ce nouvel ouvrage nous donne aussi accès à des textes sur Gérard de Nerval, et particulièrement autour de la nouvelle Aurélia ou la rêve et la vie. «C’est la folie prise sur le vif, racontée par un fou dans un moment de lucidité», écrit Jean Delay. Comme si la magie de la poésie et de l’art pouvait conjurer ces «descentes aux enfers», peuplées de visions et de «fantasmagories maladives», cette psychose maniaco-dépressive qui aura raison du poète et l’amènera à se pendre à un réverbère de la rue de la Vieille-Lanterne.

Source Figaro