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Huffington Post : L'histoire de la découverte des neuroleptiques et des antipsychotiques

le 10 janvier 2017

[Huffington Post] Certaines recherches qui ont conduit à la découverte de nouveaux médicaments sont issues de circonstances fortuites, d'heureux hasards, de « sérendipité » (traduction libre du terme anglais : serendipity) et nous fournissent de belles anecdotes. D'autres, beaucoup plus nombreuses, ne sont le fruit que du labeur tenace et audacieux de chercheurs obstinés. C'est précisément le cas de la découverte de l'olanzapine par les docteurs Jiban Chakrabarti, David Tupper et Terry Hotten, chercheurs pour la pharmaceutique Eli Lilly et Compagnie.

Mais avant d'en arriver à eux, un bref rappel historique s'impose. Nous avons examiné dans un chapitre précédent comment fut découverte la première génération des neuroleptiques grâce aux recherches de Leo Sternbach entreprises au tout début des années 1950 qui ont permis la découverte des benzodiazépam en 1958.

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Plusieurs médicaments gagnèrent ainsi le marché dont les fameux LibriumMD, ValiumMD et HaldolMD pour ne nommer que ceux-là. L'halopéridol (HaldolMD) fut le plus ancien de ces médicaments à avoir été utilisé dans le traitement de la schizophrénie. Il fut découvert par Paul Jansenn dont l'histoire n'est pas sans intérêt.

Courte biographie de Paul Jansenn

Fils de Constant Jansenn, médecin et homme d'affaires florissant (il avait été le premier à importer en Belgique et aux Pays-Bas, l'acétaminophène sous le nom de PerdolanMD), Paul a pu parfaire de nombreuses années d'études universitaires en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne. Il y cumula deux doctorats : l'un en chimie et l'autre en médecine. Dès 1953, il fonde sa propre compagnie pharmaceutique : Jansenn Farmaceutica. Ses découvertes se succéderont à un rythme hors du commun. Il aura lancé avec sa compagnie 80 nouveaux médicaments sur le marché ce qui constitue un record mondial. Paul Jansenn a été élu à titre posthume en 2008 « Plus grand scientifique belge ». Cinq de ces médicaments figurent toujours sur la liste des « médicaments indispensables » de l'Organisation mondiale de la santé, dont le célèbre antidiarrhéique Imodium. C'est en 1958 que Jansenn a mis au point l'halopéridol. Paul Jansenn est décédé en 2003 après une carrière pour le moins bien remplie.

Les neuroleptiques et les antipsychotiques.

Les médicaments de la famille de benzodiazépams n'agissent que sur les symptômes négatifs de la maladie en traitant efficacement la dépression par exemple. Mais ils n'ont aucun effet notable sur les symptômes dits actifs ou positifs, comme les hallucinations, le délire, l'agitation intérieure et les comportements émotionnels inadaptés. C'est pourquoi on a donné le nom de « typique » à cette première classe de médicaments. On les appelle aussi des neuroleptiques, terme qui vient des racines latines et grecques et qui signifie : qui a un effet calmant (leptique) sur les nerfs (neuro). C'est sur ces prémisses que débuta la recherche de médicaments dits « atypiques » puisqu'ils pourraient traiter indifféremment les deux types de symptômes tant négatifs que positifs. On parlera alors de médicaments antipsychotiques, puisqu'ils traiteront les symptômes positifs et négatifs des états psychotiques.

Il faut déjà attendre 10 ans

Plus de 10 ans après le benzodiazépam, la perle rare, le premier médicament atypique fut découvert. Il s'agit de la clozapine qui vit le jour en 1971. Mais bien qu'il répondît efficacement à son rôle de médicament atypique en traitant les deux pôles de la maladie, ses effets secondaires graves, particulièrement celui de provoquer l'agranulocytose (destruction d'une partie des cellules sanguines blanches) qui engendra le décès de patients, firent en sorte que les compagnies qui manufacturaient le produit décidèrent d'elles-mêmes de procéder à son retrait quelques années plus tard soit, en 1975. Une quinzaine d'années plus tard, la Food and Drug Administration (FDA) approuva le médicament contre la schizophrénie pour les patients qui ne répondaient à aucun autre traitement. Elle demanda aux pharmaceutiques d'y apposer de sévères mises en garde (black box warning) et avis de risques pour l'agranulocytose, la myocardite et autres effets cardiorespiratoires et l'accroissement de la mortalité chez les patients souffrant de psychoses et de démence. En 2002, la FDA approuva l'usage de la clozapine pour réduire le risque de comportements suicidaires chez les patients souffrant de schizophrénie.

Ainsi dès le milieu des années 1970, la chasse pour trouver un antipsychotique atypique aussi efficace, mais plus sécuritaire que la clozapine était lancée. Et les premiers à s'atteler à la tâche furent les trois chercheurs dont nous avons parlé d'entrée de jeu : les docteurs Jiban Chakrabarti, David Tupper et Terry Hotten.

Source Huffington Post