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Huffington Post : Trois ans plus tard, Robin Williams et la couverture sur l’acte que l’on tait

le 22 septembre 2017

Parce que la santé mentale et le suicide sont cachés au public depuis tant d’années, beaucoup de désinformation a été faite dans la conscience populaire. 

Il y a trois ans, Robin Williams, l'acteur comique tant aimé, a été retrouvé mort. La police de la Californie a par la suite confirmé un décès par suicide. Une tempête médiatique s'est alors déclenchée : articles, blogues, couverture en direct, reportages télévisuels et déferlement d'émotions sur les réseaux sociaux.

Plus récemment, les réactions du public ont été similaires avec la mort de Chris Cornell, leader des groupes Soundgarden et Audioslave, décédé par suicide en mai dernier, et de Chester Bennington, chanteur principal de Linkin Park, lui aussi mort par suicide, le mois dernier.

La couverture globale est impressionnante, considérant qu'il n'y a pas si longtemps, les médias refusaient de rapporter les cas de suicide.

Depuis des décennies, l'effet d'entraînement est l'argument qu'utilisent les rédacteurs en chef, les journalistes et les universitaires pour justifier l'exclusion du suicide dans les nouvelles.

Les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies décrivent la « contagion suicidaire » comme un processus voulant que l'exposition au suicide ou au comportement suicidaire d'une ou plusieurs personnes incite d'autres personnes à commettre ou à tenter un suicide. Or, voici où le bât blesse : en choisissant de ne pas relater un problème de santé mentale ou un suicide, les journalistes perpétuent la stigmatisation des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Parce que la santé mentale et le suicide sont cachés au public depuis tant d'années, beaucoup de désinformation a été faite dans la conscience populaire. Cela a compliqué le travail des journalistes qui souhaitent faire un récit factuel et attentif pour finalement rompre le silence.

Ces sujets complexes sont très délicats à traiter dans l'information, beaucoup plus qu'il n'y paraît. C'est peut-être ce qui explique les reportages que nous avons vus et qui peuvent avoir des répercussions néfastes, comme le reportage de Shepard Smith à Fox News qui a laissé entendre que Robin Williams aurait posé un geste lâche.

Or, parler de suicide est important, car cela permet de briser les mythes et de lutter contre la stigmatisation, mais les journalistes doivent écrire sur le sujet de manière réfléchie et avec de bonnes intentions.

Je me suis entretenue avec Cliff Lonsdale, auteur de Mindset: Reporting on Mental Health qui s'est penché sur la couverture médiatique entourant le suicide et sur la façon dont les médias ont traité le décès de l'acteur. Selon ses propos, pour chaque reportage négatif, on en comptait beaucoup plus ayant traité le sujet sous le bon angle.

Cela confirme, à son avis, le fait que les journalistes essaient maintenant de relever ce défi avec succès. Et beaucoup d'exemples confirment cette tendance.

Comme journaliste, il est important de comprendre le rôle que l'on tient dans la société, soit de trouver ce qui ne fonctionne pas bien et de le mettre au jour. Si l'empereur est nu, c'est au journaliste de le signaler.

Quelle serait donc la première étape pour améliorer les nouvelles et les articles sur la santé mentale et le suicide? D'abord, ne pas avoir peur d'en parler.

Effet de contagion

Beaucoup d'universitaires et de journalistes qui écrivent sur les problèmes de santé mentale ont discrédité la notion de contagion du suicide, tandis que d'autres soutiennent sa validité.

Madelyn Gould, professeure de psychiatrie à l'Université de Columbia, a déclaré dans le New York Times que la contagion du suicide est bien réelle. Son article sur la contagion par les médias et le suicide parmi les jeunes soutient que des suicides en série se produisent lorsque les jeunes sont exposés au suicide d'une autre personne.

De son point de vue, Cliff Lonsdale dit que la science derrière cette théorie pose un problème. Les statistiques sur le suicide, rapportées par Liam Casey dans la revue Ryerson Review of Journalism , révèlent qu'il n'y a pas eu d'augmentation du nombre de suicides après l'attention portée par les médias.

André Picard, journaliste sur les questions de santé, a affirmé dans Mindset que lorsque les médias ont cessé de couvrir les suicides, il n'y a pas eu de baisse notable de cas. Et bien que les médias canadiens aient accordé une attention croissante au cours des dernières années aux cas de suicide chez les adolescents, le taux global de suicide chez les adolescents est demeuré étonnamment stable.

Un autre problème est que la notion de contagion se confond parfois avec l'idée de « suicide par imitation ». Les termes sont souvent utilisés indifféremment, comme dans cet article du Washington Post .

« Selon moi, le suicide par imitation est généralement lié à la méthode. Ce n'est pas la même chose que l'idée de contagion, selon les propos de Lonsdale. Le vrai problème, c'est que la question fait peur aux journalistes. Ils ont l'impression qu'ils devraient se taire sur cette question, donc tout ce qu'ils pourraient apporter de positif n'est pas transmis non plus. »

Ce qu'il faut retenir c'est que le problème n'est pas de rapporter ou non la nouvelle, mais plutôt la manière qu'on choisit de le faire.

Ne pas entrer dans le détail

Même si on a pu laisser croire aux lecteurs que c'était une convention journalistique au lendemain de la mort de Robin Williams, rien ne justifie d'écrire un article exhaustif et détaillé sur un suicide.

Source Huffington Post