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Idée Film : 12 jours de Raymond Depardon

le 23 août 2017

Prolonger, ou non, l’internement sous contrainte. Dans un hôpital psychiatrique, Raymond Depardon filme les patients confrontés au magistrat qui va décider de leur avenir. Des face-à-face éprouvants, parfois drôles, où s’exprime une humanité cabossée. Et désireuse d’être écoutée. Sortie en salles le 29 novembre 2017.

Elle a 37 ans mais en paraît dix de plus, a déjà tenté plusieurs fois de se suicider et recommencerait sans doute si on la laissait sortir. Lui crie à « l’abus de pouvoir »  quand on lui refuse une nouvelle fois de retrouver son domicile. Ils sont, avec huit autres patients de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, les héros de 12 jours, le nouveau film de Raymond Depardon, présenté hors compétition à Cannes.

Tous ont été hospitalisés sans leur consentement, à la demande de leurs proches ou de leur employeur, pour éviter toute mise en danger d’autrui  et, souvent, d’eux-mêmes. Le cinéaste-photographe les a saisis dans la salle d’audience de l’établissement lyonnais – en fait, un simple bureau – face au juge de la liberté et de la détention qui, en vertu d’une loi de septembre 2013, doit donner son accord pour toute hospitalisation sous contrainte au-delà de douze jours.

Depardon avait déjà consacré deux documentaires à la psychiatrie (San Clemente puis Urgences , dans les années 80) et deux autres au fonctionnement de la justice (Délits flagrants et 10e chambre instants d’audience ). 12 jours lui permet de fusionner ses deux obsessions, avec toujours ce même regard empli de respect et de compassion.

Une terrible lucidité sur leur sort

Le patient et le magistrat sont placés à égalité par la mise en scène : à chacun sa caméra, avec une position dans le cadre identique. Un troisième axe de prises de vue permet d’embrasser la scène en plan général, avec la présence de l’avocat et, le cas échéant, des infirmiers (les psychiatres ne sont pas présents). Entre deux audiences, le réalisateur filme les couloirs avec leurs chambres closes, la cour de l’hôpital où les malades fument cigarette sur cigarette. Des images d’une grande douceur, accompagnées d’une belle musique élégiaque d’Alexandre Desplat.

 

Source Télérama