Vous êtes dans : Accueil > Actualités > À lire, à voir, à écouter > L'Est Républicain : Insomnies, peut-on s’en sortir sans médicament ?

L'Est Républicain : Insomnies, peut-on s’en sortir sans médicament ?

le 2 mars 2017

[L'Est Républicain] Un Français sur cinq souffre d’insomnie et avec 11,5 millions de consommateurs d’anxiolytiques et de somnifères, les Français restent les champions européens du sommeil artificiel… alors que rien n’indique qu’ils soient plus insomniaques que leurs voisins. Mais malgré les effets délétères connus, la durée moyenne de prescription, 4 à 5 mois, ne respecte pas les recommandations : 4 semaines pour les somnifères et 12 pour les anxiolytiques. Pourtant, d’autres solutions existent.

Les « règles d’hygiène du sommeil »

Pour la Haute autorité de santé (HAS), c’est le préalable à toute autre mesure. Parmi ces règles : dormir selon les besoins mais pas plus ; éviter les siestes longues ; adopter un rythme régulier d’éveil et de sommeil ; limiter le bruit, la lumière, la température ; éviter la caféine, l’alcool, la nicotine, les repas trop copieux ; pratiquer un exercice physique dans la journée, mais pas après 17 heures ; éviter l’usage tardif des écrans dont la « lumière bleue » trouble la production de mélatonine.

La mélatonine

Sécrétée quand arrive l’obscurité, cette hormone donne « l’heure du coucher », environ 2 heures après le début de sa production. Très attendue des insomniaques accros aux pilules, la mélatonine artificielle a déçu car, détruite rapidement par l’organisme, elle est peu efficace. Que ce soit dans les compléments alimentaires en vente libre (dosage limité à 1 mg) ou dans le seul médicament autorisé, le Circadin®, dosé à 2 mg et indiqué chez les plus de 55 ans. « Il est impossible de prédire chez qui il va marcher », précise le Dr Patrick Lemoine, auteur de « Dormir sans médicaments », qui déconseille l’achat sur Internet où les dosages et la pureté du produit ne sont pas garantis.

La phytothérapie

Seule, la valériane, la plus étudiée, a montré une efficacité comme « aide au sommeil et sédatif mineur », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour toutes les autres plantes, aucune efficacité n’a été scientifiquement démontrée. La HAS recommande cependant la phytothérapie pour les insomnies transitoires car « un simple effet placebo n’est ni à écarter, ni à dédaigner ».

Les thérapies

Mais dans le cas d’insomnies chroniques, la HAS recommande avant tout les psychothérapies et en premier lieu les thérapies comportementales et cognitives (TCC) dont l’efficacité a été démontrée, selon une méta-analyse de l’Académie américaine de médecine du sommeil de 2006. Il s’agit de la thérapie cognitivo-comportementale combinée, du contrôle du stimulus, de la relaxation, de la thérapie de restriction de sommeil, du « biofeedback » et de l’intention paradoxale. Depuis, des études ont également montré l’efficacité de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), une TCC de « dernière génération ». « L’évolution des TCC suit l’histoire des neurosciences. Dans les années 1950, ces thérapies étaient centrées sur les comportements puis, dans les années 1980, sont apparues les thérapies cognitives qui ont démontré leur efficacité notamment dans la dépression. Depuis les années 1990-2000, un œil nouveau a été posé sur les émotions pour développer une science de l’affect et réajuster les méthodes des TCC auxquelles la psychanalyse reprochait de ne s’intéresser qu’aux symptômes. Les TCC avaient développé des méthodes pour mieux dormir, la dernière génération développe des outils, basés sur la pleine conscience, pour que la vie ne soit plus gâchée ni dirigée par l’insomnie comme c’est le cas pour les insomniaques sévères », explique Benjamin Putois, docteur en sciences cognitives et investigateur d’une étude sur l’ACT lancée sur internet.

Source L'Est Républicain