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Le Généraliste : Les mots derrière les maux de ceux qui soignent

le 5 avril 2017

[Le Généraliste] Chaque année, plusieurs centaines de médecins font appel à des plateformes téléphoniques pour les professionnels de santé en souffrance. Besoin d'être écouté, de se confier sur leurs angoisses et leurs doutes, ils évoquent aussi bien des problèmes professionnels que personnels. Mais de quoi parlent-ils au téléphone ? On a interrogé les numéros d'écoute pour savoir ce qui préoccupe les généralistes.

Sortir du déni et se faire aider. Une étape difficile à franchir lorsqu'on est soi-même soignant. De plus en plus de professionnels de santé souffrent d'épuisement professionnel sans pour autant en parler. Les généralistes n'y échappent pas. Début décembre, Marisol Touraine présentait le volet hospitalier de sa « Stratégie nationale d'amélioration de la qualité de vie au travail ». La seconde phase de ce dispositif, qui concerne les libéraux, devrait être annoncée ce mois-ci. Mais, sur le terrain, plusieurs associations n'ont pas attendu et prennent déjà en charge les professionnels en souffrance en développant, notamment, des plateformes d'écoute. Les professionnels de santé, qui attendent souvent d'être au bord de la rupture pour décrocher leur combiné, y trouvent une oreille attentive, grâce à une simple conversation avec l'écoutant, ou une orientation vers un thérapeute. Mais que confient-ils au bout du fil ?« Lorsqu'un patient ne va pas bien, c'est qu'il n'arrive pas à gérer, à organiser sa vie personnelle et professionnelle », analyse l'ex-président du SML Éric Henry, fondateur de l'association Soins aux professionnels de santé (SPS) qui a lancé une plateforme téléphonique en novembre dernier, laquelle a déjà répondu à plus de 600 appels. Double causalité confirmée par une autre plateforme plus ancienne, l'AAPML (Association d'aide aux professionnels de santé et médecins libéraux), créée en 2004.Les chiffres publiés à l'occasion des dix ans de l'association précisent que c'est l'activité professionnelle qui préoccupe le plus les médecins (39 %) juste devant l'articulation vie perso/vie pro (25 %), la vie perso uniquement (22 %) et, enfin, l'activité soignante (14 %). Parmi les appelants, l’AAPML compte plus de 60 % de généralistes.Tensions, insécurité et surcharge de travailParmi les différents témoignages recueillis par « Le Généraliste » auprès des différentes plateformes, il ressort que chaque médecin a ses propres sources d'angoisse et qu'il n'existe pas une mais plusieurs causes à leur mal-être. Chez les jeunes médecins, par exemple, la réalité de l'exercice peut provoquer un décalage douloureux avec l'idée que se faisait l'interne de sa future carrière. Telle généraliste qui travaille dans une banlieue défavorisée confie, par exemple, devoir faire face à certaines tensions au quotidien. Elle voit la vision idéale qu'elle s'était faite du métier s'éloigner. Et elle pense à changer de zone d'exercice. L'insécurité est d'ailleurs l'une des raisons qui pousse les praticiens à appeler à l'aide. C'est le cas de deux médecins ayant fait appel à l'une des plateformes. Le premier vit mal l'agression d'une consœur alors que le second a lui même été victime de violences. Ils ont été respectivement orientés vers un psychologue et une cellule psychologique adaptés. Le président de l’Association pour la Santé des Soignants du Poitou-Charentes, le Dr Patrice Desvigne, confirme de son côté qu'il est très important de convaincre les médecins en souffrance de « voir un médecin autre qu'eux-mêmes ».La surcharge administrative dénoncéeOutre les menaces qui peuvent peser sur certains lieux d'exercice, la surcharge administrative est aussi un fardeau que de nombreux médecins dénoncent. Et, de ce point de vue, le déploiement du tiers payant généralisé ne semble rien avoir arrangé. C'est donc sans surprise qu'on retrouve cet aspect administratif dans les conversations. Un médecin libéral confie au téléphone qu'il a trop de démarches à faire, de formulaires à remplir et qu'il est « épuisé ». Les généralistes ont « l'impression de devenir salariés de la Sécu ». Un terme qui revient à plusieurs reprises dans les échanges. Avec le sentiment d'épuisement qui va avec.Mais pour Martine Pacault-Cochet, assistante sociale spécialisée du Pôle Entraide du Groupe Pasteur mutualité (GPM), « grâce à ma formation et mon écoute multidirectionnelle, un appel pour des difficultés matérielles dérive souvent vers d'autres soucis plus personnels ». Elle réceptionne des appels d'adhérents en souffrance et, à la manière des associations citées précédemment, oriente les médecins vers un psychologue, une aide comptable en cas de soucis financiers, un des quarante médecins formés par GPM à la prévention, etc.Cependant, les soucis organisationnels n'émanent pas seulement d'un exercice isolé et fatigant. L'exercice regroupé peut remédier à la surcharge de travail administratif, mais en réalité, les cabinets de groupe ont aussi leur lot de dysfonctionnements. Les situations conflictuelles et les problèmes d'organisation professionnelle peuvent aussi faire l'objet de lourdes angoisses, dont les intéressés s'ouvrent à une oreille anonyme.D’inquiétants appels au secoursD'autres appels sont plus préoccupants encore. Au bord du burn-out et parfois même du suicide, certains cas nécessitent une prise en charge rapide : « Il y a un premier travail d'écoute, de compréhension, explique le Dr Éric Galam, fondateur et médecin coordonnateur de l'AAPML. Puis en cas d'urgence, il faut essayer d'intervenir vite, tout en respectant le principe de confidentialité de l'échange ». Un médecin qui compose un des numéros d'écoute est, par exemple, décrit par le réceptionniste de l'appel « en état de grand épuisement ». Il se dit passionné par son travail mais, au fur et à mesure de la conversation, il confie ne pas arriver à accepter une rupture sentimentale brutale. La plateforme lui conseille alors vivement de consulter un psychologue dans les plus brefs délais. De même pour cette jeune consœur qui accumule un manque de sommeil, la gestion d'une vie de famille avec des enfants en bas âge et une surcharge de travail. Un autre généraliste appelle car il ne se sent plus respecté, ni par ses patients, ni ses autres confrères, ni par la Sécu… Il fait preuve d'une grande démotivation. Dans les situations les plus critiques, le fait d'inciter le médecin à consulter un confrère peut être salvateur, témoignent les écoutants.

Source Le Généraliste