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Le Monde : Pratiquée jusque dans les années 80, la lobotomie visait surtout les femmes

le 14 septembre 2017

Sur les 1 340 opérations menées en France, Belgique et Suisse entre 1935 et 1985, 84 % des patients étaient des patientes. Retour sur une des pages les plus noires de l’histoire de la psychiatrie.

La publication est brève, presque sibylline. Glissée à la fin de la page « Correspondance » de la revue Nature , elle n’a pas tout à fait le statut des articles du prestigieux journal scientifique. Pourtant les quelques lignes rédigées par les trois neurochirurgiens français Louis-Marie Terrier (hôpital Bretonneau, Tours), Marc Lévêque (hôpital privé Beauregard, Marseille) et Aymeric Amelot (Pitié-Salpêtrière, Paris) cachent une sombre pépite, de quoi ternir encore un peu une des pages les plus noires de l’histoire de la psychiatrie.

En compilant les publications relatant les opérations de lobotomie réalisées en France, Suisse et Belgique, entre 1935 et 1985, les trois médecins ont découvert que 84 % des patients – devrait-on dire des victimes ? – de cette chirurgie du cerveau étaient des femmes.

Difficile de l’imaginer, mais la ­lobotomie n’a pas toujours traîné la réputation qui est la sienne aujourd’hui. En 1949, son inventeur, le Portugais Egas Moniz (1874-1955), a même été récompensé du prix Nobel.

En 1935, il a pour la première fois percé des trous des deux côtés du crâne d’un malade puis injecté une solution d’alcool pur dans les lobes frontaux pour éliminer des fibres blanches. L’heureux bénéficiaire de cet exploit est déjà une femme, une ancienne prostituée de 63 ans souffrant de mélancolie et de paranoïa. A en croire le médecin, ses pics de furie en sortiront diminués, pas ses gouffres de tristesse. Il conclura pourtant au succès.

Tombée en désuétude

La nouvelle pratique met quelques années à convaincre. Mais à la sortie de la guerre, elle s’impose peu à peu en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. « Le monde était dans un chaos majeur et les psychiatres étaient démunis. Les asiles étaient pleins, les aliénés enfermés et entravés. Les seuls traitements consistaient en des bains chauds ou des thérapies de choc » , rappelle Louis-Marie Terrier.

Source Le Monde