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Les Inrocks : L’art-thérapie ou quand créer peut soigner

le 9 septembre 2016

[Les Inrocks] Loin de la psychanalyse, des thérapies cognitivo-comportementales et des approches psychothérapeutiques où la relation patient-praticien est souvent décrite comme neutre et aseptisée, l’art-thérapie apparaît comme une perspective de soin originale qui utilise le processus de création artistique. Enquête sur une thérapeutique en vogue.

Et si on faisait appel à l’artiste qui sommeille en nous afin de nous soigner ? C’est le point de départ de l’art-thérapie, une approche thérapeutique dans laquelle un “artiste-thérapeute” utilise ses connaissances artistiques pour aider des patients à se soigner de troubles mentaux ou physiques.

L’idée que l’art peut être cathartique ne date pas d’aujourd’hui ; d’Aristote à Freud, on n’a eu de cesse de la théoriser. Puisant ses racines dans l’étude des œuvres d’art produites par des malades mentaux, à l’image des productions d’Adolf Wölfli, l’art-thérapie a évolué pour s’articuler autour d’un discours entre thérapeute et patient basé sur la production artistique de ce dernier. Malgré le franc succès qu’elle rencontre actuellement, la discipline connaît quelques difficultés à produire des études scientifiques qui lui permettraient d’être reconnue par l’Etat. Lumière sur une méthode thérapeutique encore trop méconnue.

Créer pour soigner

Ça m’a vraiment sauvé la vie. L’art-thérapie peut vraiment sauver des vies.”  Aujourd’hui, quand Caroline parle d’art-thérapie, elle ne manque pas d’éloges et n’hésite pas à recommander cette pratique “comme médicament, pour n’importe quoi et n’importe quel art” . Cette quadragénaire d’abord passée par la psychiatrie pendant une dizaine d’années pour gérer ses troubles addictifs a découvert cette méthode thérapeutique il y a deux ans en rentrant dans un CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie). Depuis, Caroline se rend une fois par semaine à ses séances où elle est accompagnée par un art-thérapeute qui l’aide à se soigner en pratiquant le slam.

À l’instar de la psychothérapie, en art-thérapie on se soigne lors de séances individuelles ou de groupes, aussi appelés ateliers. Et pour Caroline, le résultat est probant :

Je vois les personnes qui sont suivies là-bas d’une autre façon et le travail de groupe c’est ce qui nous sort des entretiens entre quatre murs qui rendent dingue. La psychiatrie rend dingue.”

Sans pour autant dénigrer les thérapies verbales, Isabelle Barthélémy, une art-thérapeute qui s’est lancée dans cette voie après dix-huit ans de pratique, reconnaît que l’art-thérapie permet d’aller plus loin lorsqu’elle est utilisée en complément d’une autre approche :

“ Je suis habituée à la thérapie verbale relativement classique. Au bout d’une quinzaine d’années à exercer ce genre de psychothérapie qui restait relativement ‘intellectuelle’, j’ai eu l’impression d’avoir besoin d’autres outils pour aller plus loin. J’avais déjà entendu parler de l’art-thérapie qui, par ailleurs, me correspond parce que je pratique les arts plastiques. Je me suis dit que cela pourrait apporter quelque chose de différent et peut-être de plus profond au processus thérapeutique. Pour moi, il s’agit d’une poursuite du mécanisme de soin qui permet d’aller plus loin. ”

Source Les Inrocks