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Libération : "On démultiplie les petites peurs comme un moyen de retrouver un sens à sa vie", Pierre-Henri Tavoillot

le 18 juin 2018

Peur du changement climatique,de la pollution, des maladies : pour le philosophe, l’absence de grand récit qui réconforte crée une angoisse de vivre. Quitte à craindre les risques du progrès ?

Petite inquiétude ou grande angoisse, rationnellement fondée ou savamment entretenue, la peur accompagne notre quotidien. Ce qui fut, et reste, l’arme de prédilection des populismes de tout poil est devenu un instrument de persuasion publicitaire pour une société hygiéniste et une inépuisable mine d’or pour la production hollywoodienne. Vivons-nous dans une société trop timorée ? Nous sommes-nous laissés gagner par une culture de peur ? Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot (photo DR),  maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne, vient de consacrer un triple CD (Frémeaux & Associés) à cette question.

Peut-on donner une définition philosophique de la peur ?

Philosophiquement, on pourrait donner celle-ci : la peur est ce qui nous empêche de vivre. C’est un vieux thème philosophique. L’homme a du mal à occuper son présent car il est constamment taraudé à la fois par la peur du lendemain mais aussi par les peurs du passé, du type regrets, nostalgie, l’idée que le passé était formidable, ou parce qu’il y a des souvenirs douloureux… En fait, le mot «peur» résume au fond pour les philosophes tout ce qui nous empêche de vivre au présent, sachant qu’il est extrêmement difficile de vivre la vie présente puisqu’elle est caractérisée soit par la souffrance soit par l’ennui, ce qui fait qu’entre les peurs, la souffrance et l’ennui, l’homme a une capacité extraordinaire de gâcher sa vie.

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