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New York Times : Une épidémie de suicides ronge le monde agricole français

le 29 août 2017

Il fut un temps où la ferme de Jean-Pierre Le Guelvout, forte de 66 vaches laitières et située en Bretagne Sud, florissait. Mais le prix du lait chuta, les dettes s’accumulèrent, la dépression s’installa et les ennuis de santé liés à son âge le minèrent — jusqu’au jour où ce fut trop lourd à porter.

Par une froide journée de décembre l’année dernière, dans un bosquet à l’arrière de sa maison, M. Le Guelvout se donna la mort d’une balle au cœur. Il avait seulement 46 ans.

“C’était un coin qu’il aimait, il adorait s’occuper des champs à côté”, dit sa sœur Marie, qui était “très proche” de lui mais n’avait pas vu venir son suicide.

La mort de M. Le Guelvout est révélatrice de l’épidémie silencieuse de suicides touchant les agriculteurs français, à laquelle les familles rurales, les autorités, les services de santé publique et les chercheurs tentent de faire face.

Tous soulignent la vulnérabilité particulière des agriculteurs du fait de la nature de leur travail, qui mène souvent à la solitude et à la précarité financière, et qui est éprouvant physiquement.

La charge est d’autant plus lourde pour ceux qui n’ont pas d’enfants pour les aider, et à qui transmettre l’exploitation. La chute des cours du lait et de la viande depuis quelques années alourdissent les dettes et aggrave leur mal-être.

Les chercheurs et les organisations agricoles s’accordent pour dire que le problème dure depuis de nombreuses années. Les fermiers bénéficient bien de mesures d’aide, mais il est difficile de quantifier leur efficacité, ainsi que le nombre de suicides.

D’après les statistiques les plus récentes de Santé Publique France, publiées en 2016, 985 exploitants agricoles se sont donné la mort de 2007 à 2011 — un taux de suicide supérieur de 22 % à la moyenne nationale.

Ce nombre est en augmentation mais semble encore sous-évalué, d’après les chercheurs. Bien que des données plus récentes soient en cours d’analyse, ils craignent que le problème ne soit permanent.

“Le médecin qui établit le certificat de décès n’est pas obligé de cocher la case suicide”, explique Véronique Maeght-Lenormand, médecin du travail qui gère le plan national de prévention du suicide à la Mutualité Sociale Agricole, l’organisation en charge de la sécurité sociale des exploitants agricoles.

La raison ? “Certaines assurances ne fonctionnent pas après un décès par suicide”, explique-t-elle. “Il y a aussi le poids de notre culture judéo-chrétienne”.

Source New York Times