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Sciences Humaines : La 3e vague des thérapies comportementales et cognitives

le 26 août 2016

[Sciences Humaines] Avec les nouvelles thérapies cognitives et comportementales, on ne supprime plus les symptômes, on vit avec. On ne cherche pas la guérison, mais le mieux-être. Et on cherche du sens.

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) se fondent sur une approche scientifique. Puisque, soucieuses de l’évaluation de leur efficacité, elles ont toujours été intimement liées à la recherche, elles sont en perpétuelle évolution. À la suite d’une « 1re vague » comportementale, basée sur les mécanismes d’apprentissage, puis d’une « 2e vague » incarnée par la « révolution cognitive », la recherche et la pratique clinique en TCC sont entrées, depuis environ le début du 21e siècle, dans une période de « science extraordinaire » au sens de Thomas Kuhn : c’est-à-dire que les TCC ont suffisamment fait la preuve de leur efficacité pour que l’on s’intéresse aux exceptions au modèle, aux anomalies. Ce sont ces exceptions qui ont conduit à la formulation de nouvelles approches en TCC, parfois rassemblées sous le label « 3e vague » : thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), thérapies de pleine conscience (MBCT et MBSR), thérapie analytique fonctionnelle (FAP), thérapie dialectique comportementale (DBT), thérapie métacognitive, thérapie centrée sur la compassion, et bien d’autres !

Pas besoin de changer les cognitions

Parmi les « anomalies » du modèle des TCC avant l’apparition de la 3e vague, différentes recherches ont mis en évidence que le travail sur le contenu des cognitions, notamment l’évaluation de leur véracité et leur modification (ce que l’on appelle la restructuration cognitive), n’apportait pas d’amélioration en comparaison d’un travail strictement centré sur les comportements. Devant de telles découvertes, le statut causal des cognitions et la façon de les appréhender devaient être repensés. La proposition actuelle est que le devenir des pensées (l’augmentation de leur fréquence d’apparition par exemple) et leur capacité à engendrer des émotions difficiles, sont déterminés par ce que l’on cherche à en faire, par les réactions que nous avons en leur présence. Si nous réagissons de façon stéréotypée, en cherchant toujours à nous en débarrasser, nous sommes centrés sur elles et leur accordons une place de choix. Aucune chance alors qu’elles nous laissent tranquilles. De nombreux travaux ont ainsi montré le caractère paradoxal d’une recherche de contrôle des pensées, qui finissent souvent par être encore plus envahissantes !

Le travail direct sur le contenu des cognitions au sein des TCC a permis des avancées notables dans la variété des difficultés prises en charge. Cependant, l’hypothèse est maintenant que ce n’est pas tant le fait de discuter le contenu des cognitions qui permet une diminution des émotions négatives associées. C’est plutôt le fait de se distancier des pensées en les considérant comme un matériel d’étude, quelque chose que l’on peut observer de l’extérieur, qui est déterminant. La proposition de la 3e vague des TCC est donc de généraliser cette distanciation. On ne cherche plus à discuter le contenu des pensées, mais simplement à prendre connaissance de leur présence (c’est la proposition des approches de pleine conscience, ou mindfulness ). Ou encore, on cherche à développer une approche « consumériste » des pensées, c’est-à-dire à ne prendre en considération que celles qui sont utiles pour atteindre les buts fixés (c’est la proposition de la thérapie d’acceptation et d’engagement, l’ACT). Les pensées ne sont alors plus considérées comme dysfonctionnelles mais comme trop souvent prises au sérieux… La démarche est de les appréhender comme des informations qu’il est possible d’entendre sans les écouter, comme on laisserait allumée une chaîne d’information en continu en ne prêtant attention qu’aux reportages nous intéressant réellement. Le travail des cliniciens est actuellement de créer un grand nombre d’exercices visant ce but (la « défusion »), et de les tester expérimentalement.

Source Sciences Humaines