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TV5 Monde : L'accouchement, une violence dont les femmes ne sortent pas indemnes

le 29 mars 2017

[TV5 Monde] Une femme sur trois juge son accouchement traumatisant. Cette souffrance psychologique aujourd’hui bien documentée demeure mal reconnue dans la société

«Plusieurs mois après mon accouchement, je me suis mise à ressasser des idées noires. Je me disais que c’était ma faute si la naissance de ma fille s’était mal passée, que je ne savais pas accoucher. Et que par conséquent, je n’étais pas faite pour être mère. » Chantal, 37 ans, infirmière à Lausanne, a vécu la venue au monde de sa fille – aujourd’hui âgée d’un an et demi – comme une épreuve très douloureuse.
Son expérience est loin d’être isolée: des études ont montré qu’environ une femme sur trois juge son accouchement traumatisant. Près d’une sur dix souffrirait même de troubles de stress post-traumatique, avec des cauchemars et des flash-back, comme en connaissent les vétérans de retour de zones de combat. Aujourd’hui bien documentée, cette souffrance psychologique demeure pourtant mal prise en charge par le personnel soignant, et peu entendue par la société en général. Avec des conséquences autant pour la santé de la mère que celle du père et de l’enfant.
«Les pathologies fœtales, par exemple une prématurité ou un handicap, et les problèmes de santé maternels accroissent le risque d’accouchement traumatique , indique Manuella Epiney, gynécologue à la consultation d’obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève, qui s’exprimait lors d’un forum consacré aux accouchements traumatisants organisé récemment à Lausanne. Mais même quand tout va bien d’un point de vue médical, l’accouchement peut être mal vécu. »

C’est le cas pour Chantal, qui s’excuse presque de témoigner d’un accouchement «banal»: «J’avais le projet d’accoucher en maison de naissance. Mais après des dizaines d’heures de travail, et l’enfant qui ne venait toujours pas, on m’a transférée à la maternité. Cela m’a déjà demandé un gros effort d’adaptation. Finalement, une césarienne en urgence a été décidée car ma fille était mal positionnée. Mais quand je suis arrivée au bloc, j’étais à bout de nerfs et j’ai paniqué. J’ai eu peur pour ma vie et celle de mon enfant, je crois que j’ai déliré. J’ai pu voir ma fille quelques instants après sa naissance, puis on m’a endormie. C’est mon compagnon qui est resté avec elle pendant ses premières heures de vie. »

De son côté, Charlotte, aujourd’hui âgée de 38 ans et mère d’un garçon de trois ans et demi, a cumulé les difficultés, avec de nombreux problèmes de santé durant la grossesse et un risque de prématurité de son enfant qui l’ont clouée au lit pendant des semaines. Elle aussi a dû subir une césarienne en urgence, dont elle garde un souvenir très amer. «Pendant l’intervention, j’ai entendu le médecin dire qu’il était pressé, car il avait un autre rendez-vous. Et après la naissance, lorsque l’effet de l’anesthésie s’est dissipé, j’ai eu très mal au ventre. On me répétait que c’était normal. Sauf qu’en fait, ma vessie avait été perforée! J’ai dû me faire réopérer.»
Quelques heures après l’intervention, Charlotte est transférée dans un autre hôpital pour des examens complémentaires, car on lui a découvert une pathologie cardiaque – heureusement sans gravité. Elle est alors séparée de son fils, et ne peut pas l’allaiter comme elle le souhaitait. Elle a une forte rancune envers les professionnels qui se sont occupés d’elle: «J’ai subi une erreur médicale mais je n’ai pas reçu d’excuse. J’ai eu l’impression qu’on me faisait porter la responsabilité de tout ce qui m’arrivait. Je me suis sentie humiliée

Perte de contrôle

Les mauvais rapports avec le personnel médical peuvent nettement contribuer à faire de l’accouchement un épisode traumatisant. «Il est crucial de bien informer les femmes afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive et les soins qui leur sont prodigués. Cependant, dans un système rationalisé comme celui de la maternité, les équipes n’ont pas toujours autant de temps qu’elles le souhaiteraient pour s’occuper des patientes », relève Brigitte Jacquat-Bitsch, sage-femme et cheffe de service au CHUV à Lausanne. Une mauvaise prise en charge de la douleur, l’impression de perdre le contrôle ou d’être prise au piège, l’obligation de s’adapter rapidement à de nouveaux événements qui ne correspondent pas à l’idée qu’on s’était faite de la naissance sont autant d’autres éléments bouleversants souvent cités par les femmes.
Les accouchements difficiles laissent des traces chez celles qui en font l’expérience. Très éprouvée, Charlotte a plongé dans la dépression: «Je pleurais énormément, je ne supportais pas d’entendre parler de bébés. J’avais l’impression que mon existence n’avait aucun sens et que mon fils serait plus heureux sans moi. » Se faire licencier de son poste de professeur de management dans une école hôtelière n’a pas aidé la jeune mère.

Source TV5 Monde