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Télérama : Quand les héros troublés font des séries troublantes

le 29 mars 2017

[Télérama] “You're the worst”, “Mr Robot”, “Homeland”… La mise en scène des personnages atteints de troubles psychiques s’est considérablement améliorée ces dernières saisons.

Les troubles psychiques mis en scène par les séries sont de plus en plus habilement normalisés et exploités pour servir des récits ambitieux et loin des stéréotypes. Qu'ils soient sources de comédies, comme dans la douloureusement hilarante You’re the worst (dont la saison 2 débute ce lundi 13 mars sur Canal+ Séries), ou moteurs de drames puissants, comme dans Mr Robot ou Legion, ils sont pris à bras le corps par une foule d’œuvres complexes. Nous en avons choisi une dizaine (Nous aurions aussi pu parler de Nashville, Happy Valley, Jessica Jones, Nurse Jackie, Go On, Flaked, En Analyse, Bates Motel…), présentées pour leur richesse dramatique et leur regard sur les troubles psychiatriques. Nous ne prétendons évidemment pas en livrer une analyse scientifique.

“You’re the worst” (Canal+ Séries)

Tout commence par des sorties nocturnes inexpliquées, des silences, une distance qui grandit imperceptiblement entre Gretchen, héroïne de cette comédie dramatique, et Jimmy, son compagnon. Puis Gretchen, dans une scène d’anthologie, craque. Se couche. Ne bouge plus. Révèle qu’elle souffre de dépression chronique. You’re the worst s’est attaquée dans sa deuxième saison à la souffrance de la jeune femme, avant, dans sa troisième, de creuser les troubles d’Edgar, personnage secondaire revenu traumatisé du front irakien. A chaque fois, la série s’applique à souligner l’impact concret de ces troubles sur le quotidien de ceux qui en souffrent et celui de leurs proches. Pointant au passage, sans angélisme, la réaction de ces derniers – peur, désarroi, impuissance à guérir l’autre. Son portrait, douloureusement réaliste, montre à quel point le sujet reste tabou aux Etats-Unis, et la prise en charge des malades, lacunaire. Politiquement incorrect, drôle et émouvant.

“Legion” (FX – Inédite en France)

La meilleure promesse sérielle de ce début d’année propose une approche libératrice des troubles psychiques. Son (super-)héros schizophrène, David Haller (Dan Stevens), affronte depuis l’enfance le regard aliénant de la société. Jusqu’à sa rencontre avec l’envoûtante « Syd » Barrett, qui lui fait comprendre qu’il peut accepter sa maladie comme un élément de sa personnalité. Et si sa différence était un pouvoir insoupçonné qui ne demandait qu’à s’exprimer librement ? Une émancipation que l’on retrouve dans la mise en scène, qui épouse les mécanismes complexes de la pensée de David dans un fascinant labyrinthe psychique où vision et imaginaire ne font qu’un. « Au-delà de la maladie mentale, la série développe de manière unique l'idée que nous ne comprenons toujours pas bien le fonctionnement de l'esprit  », nous a expliqué Dan Stevens. Un délicieux dédale peuplé de références disséminées par l’auteur Noah Hawley (Fargo ). De Je t’aime, je t’aime  d’Alain Resnais à Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, sans oublier le rock des 60’s et 70’s. Au-delà du clin d'œil à Pink Floyd – son leader, schizophrène, s'appelle Syd Barrett –, Legion est également proche de l’opéra-rock des Who, Tommy , avec ses voyages dans l’inconscient et son trip astral pour libérer les sens.

“Mr Robot” (France 2)

Elliot Alderson, hackeur surdoué, asocial, toxicomane, souffre de dépression chronique, a des hallucinations, parle à un « ami » imaginaire (nous, téléspectateurs), traverse des crises de paranoïa très fortes. Il est aussi atteint de troubles dissociatifs, qui provoquent un dédoublement de personnalité où il devient Mr Robot, chef d’un groupe de pirates décidés à renverser le monde de la finance. Ses troubles, jamais concrètement caractérisés, définissent plus que son identité floue : ils ont un impact concret sur toute la compréhension de la série. Le suspense de Mr Robot repose sur un doute permanent quant à la nature de ce que l’on voit. Est-ce la réalité ? Est-ce une vision d’Elliot ? Le récit de cette série fascinante est entre les mains d’un narrateur en qui on ne peut pas avoir confiance… Non seulement Mr Robot met en scène, de manière dramatisée, un héros gravement malade, inquiétant et touchant, mais elle se « sert » aussi de ses troubles pour jouer avec nos certitudes et nous captiver.

“Crazy Ex-Girlfriend” (Teva)

Il est aisé de traiter Rebecca Bunch de « folle » : c’est écrit dans le titre de sa série ! Selon les standards de la société, cette avocate new-yorkaise a un grain, c’est sûr. Elle qui quitte brusquement son job et sa carrière toute tracée pour harceler son ex dans leur ville natale. Elle se fait des films, ou plutôt des numéros musicaux dignes d’un croisement entre West Side Story et les Monty Python. Moitié princesse Disney, moitié Glenn Close dans Liaisons fatales , Rebecca vit dans une bulle fantasmatique qui écrase tout sur son passage, y compris ses proches. Mais est-elle réellement malade ou simplement en quête du bonheur ? La créatrice et interprète principale de la série, Rachel Bloom, nous a répondu : « Elle souffre d’une maladie mentale, c’est évident, même si nous n’avons pas établi de diagnostic clair. Elle est sans doute proche d’un trouble de la personnalité borderline et narcissique. Son rapport à cette condition est ambivalent car sa folie lui permet de défier la pression sociale mais l’empêche aussi, d’une certaine manière, d’être heureuse.  » A découvrir le 23 avril sur Teva.

“Girls” (OCS City)

La série de Lena Dunham n’a jamais eu peur de mettre à nu ses personnages. Y compris psychologiquement. Comme souvent, Dunham est montée au front la première. « Je suis une malade mentale  », déclare-t-elle sans détours dans la bande annonce de l’ultime saison de Girls , diffusée actuellement. Elle a particulièrement insisté sur les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) de son personnage, Hannah – qui sont aussi les siens dans la vraie vie. Plutôt que d’en faire un mécanisme comique, elle en a montré toute la complexité et la souffrance qui les accompagne. Elle a aussi transmis à son double fictionnel son hypocondrie et ses crises d’anxiété. Jessa, une des autres « girls », semble convaincue d’avoir été une enfant sociopathe – mais d’être guérie –, fuit ses responsabilités et détruit régulièrement tout ce qui l’entoure, à commencer par ses amitiés. Les personnages masculins sont eux aussi psychologiquement fragiles : Adam a de fréquentes crises de colères, Ray est d’une honnêteté maladive qui l’amène à blesser ses proches, Desi est narcissique et accro aux analgésiques…

Source Télérama