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The Conversation : Épuisement, dépression, suicide, comment protéger les étudiants en médecine

le 14 septembre 2017

Dans les 37 facultés de médecine en France, les étudiants viennent de faire leur rentrée. Le début des cours fournit l’occasion de revenir, plus sereinement, sur la question de la santé mentale des futurs médecins, après une année marquée par plusieurs drames.

L’an dernier, cinq internes – ces étudiants ayant déjà au moins six années d’études derrière eux – se sont donné la mort. Et 700 ont fait une tentative de suicide. Ce recensement implacable a été réalisé entre novembre 2016 et juin 2017 par l’Intersyndicat national des internes (ISNI), principal représentant d'un corps social plutôt discret comptant quand même quelques 30 000 personnes.

Derrière ces chiffres, on trouve un phénomène d’épuisement professionnel, dont la conséquence la plus grave est le suicide. Cet état semble se majorer au cours des années d’internat. Cependant, les symptômes dépressifs qui contribuent également au suicide sont présents dès le début des études. Signe que le problème doit être pris en compte bien en amont. Les causes sont connues, les solutions également. Ne manque plus qu’une prise de conscience générale.

Des étudiants en médecine avec un risque dépressif élevé partout dans le monde

La situation française n’est pas un cas isolé, le risque dépressif chez les étudiants en médecine étant élevé partout dans le monde. Une méta-analyse incluant 43 pays a évalué la fréquence des symptômes dépressifs chez ces derniers à 27,2 % et celle des idées suicidaires à 11,1 %. Ces chiffres ne variaient pas selon le pays concerné et étaient constants au cours des dernières années.

La France se situerait dans cette moyenne, d’après l’enquête menée par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) en 2016 auprès de 8 000 étudiants et jeunes médecins. Près du quart des répondants évaluait ainsi leur état de santé comme étant « moyen » ou « mauvais » et 14 % d’entre eux déclaraient avoir déjà eu des idées suicidaires.

Une étude réalisée au premier trimestre 2017 auprès de 22 000 étudiants et jeunes médecins dressait un tableau plus noir encore. Menée via Internet par plusieurs syndicats de jeunes médecins, elle utilisait l’auto-questionnaire HAD (en anglais, Hospital Anxiety and Depression scale), une échelle validée pour évaluer la souffrance psychique à l’hôpital et retraçant les symptômes dépressifs et anxieux au cours des sept derniers jours. Leslie Grichy, vice-présidente de l’ISNI, s’en est inquiétée en ces termes :

« [Ces résultats] sont pires que ce à quoi l’on s’attendait […] 66,2 % des jeunes soignants déclarent souffrir d’anxiété et 27,7 % de dépression […]. 23,7 % ont eu des idées suicidaires, dont 5,8 % dans le mois précédent l’enquête. »

Les étudiants en médecine présentent-ils un risque suicidaire plus élevé que d’autres ? Les études étant conduites avec des méthodologies, des périodes temporelles et des populations différentes, il est difficile de répondre simplement à cette question. Cependant, une étude américaine a pu montrer que le taux de symptômes anxiodépressifs était, à âge comparable, significativement plus élevé chez les étudiants en médecine et jeunes médecins que dans la population générale.

Source The Conversation