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The Conversation : Fête et alcool, un cocktail pas si inoffensif pour le cerveau

le 12 janvier 2017

[The Conversation] Les festivités du Nouvel An sont terminées. Pour beaucoup, c’est un des meilleurs moments de l’année. Famille et amis se sont retrouvés dans la bonne humeur, autour d’un bon repas et, souvent, d’une grande quantité de boisson.

Les efforts de promotion intenses liés au réveillon laissent penser qu’alcool et fête sont faits l’un pour l’autre. Boire est en effet un moyen simple et rapide d’être d’humeur joyeuse. Et, par la même occasion, de prendre du plaisir. Il suffit en effet de deux verres de vin pour activer des processus neurobiochimiques complexes, qui déclenchent la sécrétion de dopamine, un neurotransmetteur essentiel. Au moment où la molécule de dopamine se fixe sur son récepteur, situé à la surface d’un neurone, on ressent une stimulation, que l’on recherche et anticipe avant même d’avoir fini le deuxième verre.

Malheureusement, certains ne s’en contentent pas et boivent jusqu’à l’ivresse. Ceux-là finissent généralement par s’attirer des ennuis. Car les effets sur leur cerveau ne se limitent pas à une agréable production de dopamine, comme chez les buveurs modérés. Au contraire, ils peuvent entraîner un penchant obsessionnel pour la beuverie, le fameux binge-drinking.

L’addiction n’est pas une « faiblesse »

Quinze ans de recherches sur les troubles liés à la consommation d’alcool et les milliers de patients que j’ai traités m’ont convaincu qu’il s’agit d’un problème de santé publique majeur, et souvent mal compris. Notre culture semble, enfin, ne plus considérer l’addiction à l’héroïne et autres opiacés comme une « faiblesse », et j’espère qu’il en ira de même pour les problèmes d’alcoolisme, bien plus répandus qu’on le pense. Si l’alcool peut donner l’impression de soulager le stress, son excès est pourtant responsable d’un décès sur dix dans la population active américaine.

Pour l’individu comme pour les proches, les conséquences du binge-drinking sont désastreuses : dégâts sur la santé physique et mentale, propagation de maladies infectieuses, diminution de la qualité de vie, augmentation du nombre d’accidents de la route, mauvais traitements infligés aux enfants, pour n’en citer que quelques-unes.

Quatre verres d’alcool en une seule fois

L’étude du cerveau contribue à expliquer ce comportement, même si l’entourage peut avoir du mal à le comprendre. Pour le gouvernement américain, le binge-drinking est avéré quand un homme consomme au moins cinq verres d’alcool (quatre pour les femmes) en une seule fois, au cours des trente derniers jours.

C’est une maladie touchant le cerveau, reconnue depuis les années 1950 par l’association regroupant l’ensemble des médecins aux États-Unis (American Medical Association). Les personnes affectées, victimes d’un dysfonctionnement des circuits du plaisir qui le pousse à vouloir absorber de plus en plus d’alcool, n’en sont pas responsables. Pourtant, ces buveurs maladifs sont souvent méprisés.

Globalement, quand il s’agit de maladie cardiaque, d’obésité ou de cancer, les citoyens sont prêts à s’informer et à changer leurs habitudes, par peur et par bon sens. En revanche, en ce qui concerne la prévention et les traitements contre la toxicomanie, ils ne sont pas aussi ouverts, malgré les efforts désespérés des chercheurs.

Grâce à la science, ces troubles sont suffisamment compris et expliqués pour être traités. On peut potentiellement sauver des vies et épargner aux millions de personnes touchées, ainsi qu’à leurs familles et à leur communauté, d’en subir les conséquences dévastatrices. Pour les scientifiques et les professionnels de santé, ce problème a acquis un caractère d’urgence.

D’abord l’ivresse, puis l’obsession

Le processus de dépendance à l’alcool s’installe en trois étapes : ivresse de la beuverie, effets négatifs du sevrage, puis obsession-anticipation.

Tout commence dans les quelque 86 milliards de neurones que contient notre cerveau. Ils communiquent grâce à des messagers chimiques appelés neurotransmetteurs.

Les neurones peuvent s’organisent en grappes et former des réseaux ou circuits, afin de mettre en œuvre des fonctions spécifiques telles que la pensée, l’apprentissage, les émotions et la mémoire. Le cycle de l’addiction perturbe le fonctionnement normal de certains de ces réseaux dans trois zones du cerveau : les ganglions de la base, l’amygdale étendue et le cortex préfrontal.

Ces perturbations empêchent l’individu de s’arrêter de boire en activant des mécanismes qui associent certains déclencheurs à la consommation d’alcool. Elles réduisent aussi la sensibilité du système cérébral, ce qui provoque une diminution du plaisir ressenti, et renforce l’activation des systèmes liés au stress. Enfin, elles diminuent la fonction des systèmes de contrôle exécutif, la zone du cerveau habituellement en jeu dans la prise de décision et la régulation des actions, des émotions et des pulsions.

Source The Conversation