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The Conversation : Hommes et femmes, le paradoxe de la dépression

le 22 août 2016

[The Conversation] Il y a davantage de femmes que d’hommes sujettes à la dépression : c’est ce qu’affirme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et ce schéma est confirmé dans tous les pays du monde y compris les États-Unis. Des études croisées sur le plan national et interculturel l’ont montré : à quelque moment qu’elle se produise, la dépression est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Et cela sans beaucoup d’exceptions.

Pour quelle raison ? Les différences biologiques entre hommes et femmes, notamment hormonales, l’expliquent en partie. Il s’agit là de différences entre les sexes. Et pourtant, des facteurs sociaux entre hommes et femmes (les différences de genre) sont susceptibles de jouer un plus grand rôle. Par exemple, les sujets féminins, en général, souffrent davantage de stress que leurs homologues masculins et la recherche a montré que le stress social est une cause majeure de dépression.

Mais une nouvelle recherche que j’ai conduit avec ma collègue Maryam Moghani Lankarani laisse supposer ceci : en cas d’évènement stressant, ce sont les hommes qui se montreraient plus enclins à la dépression.

Pourquoi les femmes sont-elles plus dépressives que les hommes ?

Selon les chercheurs, le stress se produit dès que des changements majeurs interviennent dans le statu quo (l’équilibre existant) qui risque de provoquer une pression mentale ou émotionnelle, voire de la tension. Ces évènements stressants de la vie peuvent être le mariage, le divorce, la séparation, la réconciliation entre époux, une blessure personnelle ou une maladie, le licenciement ou la retraite.

Les hommes sont davantage susceptibles de connaître des épisodes dépressifs en cas de difficulté au travail, de divorce et de séparation. Les femmes, pour leur part, sont plus sensibles au conflit, à la maladie grave ou à un décès intervenant dans leur entourage social de proximité.

En fait, la recherche suggère que la plupart des évènements stressants conduisant à la dépression féminine se rattachent à leur réseau social proche, par exemple les relations amoureuses et conjugales, l’éducation des enfants et leur rôle parental.

Ces travaux montrent que, comparé aux hommes, les femmes ont davantage tendance à ruminer (terme technique pour « sur-réfléchir ») au sujet de facteurs de stress, et à agiter des pensées négatives, ce qui conduit à la dépression. Et, selon l’une au moins des études, c’est ce qui explique la différence hommes-femmes dans la prévalence de la maladie dépressive. Ruminer risque d’aggraver encore le stress et, malheureusement, c’est ce qui arrive le plus fréquemment chez les femmes.

De telles découvertes le suggèrent : les causes psychosociales de la dépression sont, en partie, liées au genre et ces disparités s’enracinent dans des conditions de vie différentes, des inégalités sociales subies par les hommes et les femmes. Or, par rapport aux hommes, les femmes sont généralement victimes de plus grandes inégalités sociales et d’un plus fort stress social, donc sont plus sujettes à la dépression.

Source The Conversation