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Article : Pour en finir avec "l'Art des fous"

le 5 mars 2018

Le docteur Anne-Marie Dubois est psychiatre, responsable de l’unité d’art-thérapie au sein de l’hôpital parisien Sainte-Anne. Elle assure également la responsabilité scientifique du musée dédié à la création asilaire. Quand la psychiatrie rencontre l’histoire de l’art…

Que nous révèle cette collection, aujourd’hui, sur notre regard porté sur la folie, l’altérité, les troubles psychiques ? Que dit-elle de nos peurs aussi ?
Cette collection, dans sa monstration, est là pour déstigmatiser tout autant la maladie mentale que les catégories artistiques. Il n’y a pas un type d’œuvres qui correspondrait à un type d’affection, le style n’est pas le reflet d’une vie inconsciente ou d’un trouble psychique. À plusieurs reprises, nous avons associé des œuvres d’artistes contemporains aux pièces de la collection, sans désigner ici les « malades » et là les « pas malades ». C’est cette idée que nous souhaitons développer, le but étant justement de ne pas savoir, afin de restituer un regard où l’émotion domine, et non la curiosité.

Il s’agit là d’un corpus assez « sensible », émotionnellement très chargé. Cela rend-il l’accrochage de ces 120 œuvres plus compliqué ?
L’accrochage a été conçu, je crois, avec sensibilité, dans le respect des œuvres, qui est aussi le respect des personnes. Nous avons voulu donner à l’œuvre sa place d’œuvre, pas celle d’un simple témoignage. Parce que l’on peut être malade et pas du tout artiste… et que l’inverse est aussi vrai.

Ce que l’on a longtemps appelé, et de manière assez brutale, « l’art des fous », n’est selon vous plus une catégorie valable ? La distinction entre art asilaire et art tout court n’a plus lieu d’être ?
« L’art des fous » est circonscrit à la première partie du XXe siècle. L’expression a été rendue célèbre avec André Breton, par son texte écrit en 1948, L’Art des fous, la clé des champs, très laudateur par rapport à ce type de productions. Je dirais qu’entre « l’art des fous » et l’Art brut, il y a la Collection Sainte-Anne. Autrement dit, nous sommes au-delà des définitions, ces catégories qui au regard de l’histoire de l’art ne tiennent pas. Ne sont brutes que les œuvres que Dubuffet a qualifiées comme tel. La chronologie montre bien les adéquations entre la production des asiles au cours de la première moitié du XXe siècle, par exemple, et les œuvres réalisées hors les murs. Ces murs qui n’empêchent ni la culture ni les courants artistiques de circuler.

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