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Photographie : Maladies psychiques, la photo pour sortir du cadre

le 28 novembre 2016

[La Nouvelle République] L’art comme support thérapeutique au Centre Louis-Pergaud : douze anciens patients de psychiatrie exposent un an d’exploration.  Quelques larmes déposées sur une toile, des silhouettes qui s'échappent, une rose qui éclôt. Les 45 photos exposées dans le hall de l'hôpital Bretonneau, à Tours, sont belles, émouvantes, parfois déroutantes, pour qui prend le temps de s'y plonger.

Pour ceux qui les ont créées, elles sont autant de fenêtres ouvertes sur la maladie psychique. « Quand je crée, je veux toujours sortir de la réalité. Pour moi, c'est une échappatoire », explique Jean-Luc, l'un des douze participants à l'atelier photo du Centre d'accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) Louis-Pergaud. Ce service de l'unité de psychiatrie A du CHRU de Tours intègre depuis des années des activités artistiques dans l'accompagnement de ces adultes « passés par la psychiatrie, stabilisés, mais encore fragiles » . A Tours, on a déjà croisé les œuvres de ses usagers au Printemps des poètes ou en résidence sonore à l'Octroi.
Pendant un an, douze photographes amateurs ont construit leur projet d'exposition comme un jalon dans leur parcours de soin. « C'est d'abord un moyen d'expression, explique Philippe Hénon, éducateur spécialisé. Ces photos deviennent aussi des supports pour déclencher des discussions avec l'entourage ou le thérapeute. Cet atelier a aussi été l'occasion d'un travail de groupe, ce qui est essentiel, car la maladie isole beaucoup. »

" C'est d'abord un moyen d'expression "

Jiliane, dont la série de rondes de gouttes sur fond rouge est accrochée au mur, est venue au vernissage avec sa sœur. Ensemble, elles font le tour des œuvres. « Sur les deux premières photos, j'ai voulu montrer l'amour et l'amitié. Et dans les deux suivantes, que, parfois, le cœur éclate » , décrit Jiliane, sous les encouragements de son aînée.
Tout au long de leur exploration, ils ont été accompagnés par le personnel soignant du CATTP, et par le photographe Jacques Moury-Beauchamps. « C'est intéressant car tous ont déjà fait un travail sur eux-mêmes, ils savent s'interroger, poser des questions, savent aussi qu'ils n'auront pas toujours de réponse, ce qui est à l'origine de tout travail artistique », relate-t-il. Restait la technique à affiner, avec ses découvertes et ses renoncements. « Ce travail, cet apprentissage, cela nous permet de sortir de nous-mêmes » , a apprécié Jean-Luc. « De photo en photo, le ressenti évolue, témoigne Isabelle, une autre des douze artistes amateurs. On aboutit à une extériorisation de notre pensée intérieure. » Les titres des œuvres – des chansons pour la plupart – sont évocateurs de ces échappées : « Oubli du réel », « Gouttes de larmes », « Voyager »… Une poétique qui va bien au-delà de la maladie psychique.

Source La Nouvelle République