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Pop culture : La santé mentale, la fin du silence dans le rap français ?

le 7 mai 2018

Il y a cinq mois, Shkyd, une des plumes du site Yard, sortait un (très bon) article intitulé La santé mentale : succès dans le rap américain, silence dans le rap français . L’auteur y développait l’idée que, malgré les diverses pressions extrêmement fortes que fait subir l’industrie du disque aux rappeurs, le fait d’aborder la dépression restait un tabou dans le rap français. Alors qu’aux Etats-Unis, la dépression est devenue une véritable stratégie marketing, en France, les artistes n’oseraient montrer la douleur derrière le faste de leur vie débridée.

Deux mois plus tard, comme en réponse à Shkyd, Isha sortait le premier extrait de l’excellent La vie Augmente vol. 2  : Au Grand Jamais. L’ouverture du morceau, rocailleuse et sans fausse pudeur, sonnait comme une réponse à Shkyd. « J’entends les hurlements des voyous / J’entends les cris des skateurs / J’ai l’air heureux quand je rentre sur scène / C’est grâce aux antidépresseurs » . Alors, si la description de Shkyd, pointe un certain retard du rap français face à son voisin outre-Atlantique, ne peut-on pas voir le début de la levée d’un tabou ces derniers mois dans le rap hexagonal ?

Le morceau d’Isha correspond en effet à la thématique que Shkyd pointe dans son article : la vie d’artiste comme source d’instabilité psychologique, de dépression. Plus loin, le rappeur belge développe en effet son propos : « Malgré ça j’ai peur de la belle vie / J’ai peur de m’ennuyer sans ennemi ». La vie de rappeur, dans tous les changements qu’elle implique, n’a rien de facile, même (et peut-être surtout) pour un artiste ayant connu les galères comme Isha. À mesure que sa vie augmente, s’améliore, la figure d’Isha s’obscurcit. Néanmoins, il est vrai que cette attention aux soucis psychologiques que peut engendrer la vie d’artiste est sans doute bien plus développée et surtout marketée aux Etats-Unis, où des albums aussi marquants que Blonde  de Frank Ocean ou Nothing was the same  de Drake s’articulent presque entièrement sur cette thématique. À ce sujet, le critique et universitaire Mark Fisher fait une comparaison intéressante entre le rappeur de Toronto et Tony Montana dans cet article . Il souligne en effet que tous deux se posent la même question : « baiser, manger, sniffer, c’est donc tout ce qu’il y a ici ? » La figure de Tony Montana,  un des personnages les plus name-droppés du rap français, incarne ainsi la crise psychologique face au succès, quelque part entre les liasses de billets et le divan du psy.

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