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Présidentielle : La santé mentale priorité du prochain quinquennat ?

le 3 janvier 2017

[JIM] Au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la santé mentale a été principalement vue à travers ses aspects juridiques. L’instauration de soins ambulatoires sous contrainte ou la réforme de l’hospitalisation d’office (en partie imposée par les réprimandes de l’Union européenne) ont constitué les principales actions entre 2007 et 2012. C’est à travers des faits divers dramatiques, à travers la question de la prévision (impossible) de la dangerosité que les enjeux de la santé mentale ont été abordés.

François Hollande voulait sur ce point, comme sur d’autres, créer une rupture. « Je proposerai à l’issue d’une large concertation, une véritable loi sur la santé mentale, qui visera à garantir l’accessibilité du système de soins en santé mentale, à renforcer le dépistage, les capacités en établissement et le suivi en ville » avait-il notamment énoncé pendant la campagne électorale. Sur ce point (comme sur beaucoup d’autres de l’avis d’un grand nombre d’observateurs), François Hollande a déçu.

Des initiatives tardives mais réelles

La santé mentale n’a pas été totalement oubliée durant ce quinquennat. Insuffisantes et parfois maladroites, des avancées ont notamment concerné l’autisme. Même si une certaine tendance à l’excès inverse concernant la stigmatisation de la psychiatre dans la prise en charge de cette maladie peut être déplorée et même si les équipes précédentes avaient déjà tenté d’améliorer l’intégration des jeunes enfants autistes, la détermination du gouvernement de Manuel Valls a été importante. En outre, si le rendez-vous a été considéré comme manqué, la question de la refonte des secteurs n’était pas totalement absente de la loi de santé.

Enfin, un Conseil national de la santé mentale a été installé récemment qui doit formuler des propositions au début de l’année prochaine, tandis qu’un comité de pilotage de la psychiatrie sera également mis en place. Si ces initiatives sont jugées tardives, elles traduisent néanmoins une véritable préoccupation.

Des délais de prise en charge toujours trop longs

Cependant, sur le terrain, les mêmes difficultés, parfois accrues s’observent. Dans les services, la question de l’utilisation de la contention, de plus en plus fréquente, est l’effet secondaire d’un manque de moyens, d’un sentiment de dépassement des équipes, d’une certaine perte de sens. Pour les familles et les patients, les attentes, le poids de l’isolement et le manque d’accompagnement demeurent également le quotidien. Une étude réalisée par l’Union nationale de familles et d’amis de malades et/ou handicapés psychiques (Unafam) révèle l’ampleur de ces failles. Conduite auprès de 2 807 personnes par l’association, cette enquête rappelle d’abord les difficultés de prise en charge. Son délai est ainsi jugé trop long dans 61  % des cas et pourrait excéder trois ans pour 37 % des patients. C’est souvent une crise, soignée aux urgences, qui signe le début de l’accompagnement : « Comme on n’a pas su repérer les premiers symptômes, l’entrée dans la maladie se fait par une crise qui nécessite l’hospitalisation », remarque citée par le Monde Béatrice Borrel,  présidente de l’Unafam.

Des familles souvent isolées

Quand il est mis en place, l’accompagnement est souvent parcellaire, objet de multiples ruptures. Patients arrêtant leur traitement, rendez-vous annulés (soit par le malade, soit par les équipes) sans report, médecins généralistes pas toujours armés pour orienter vers les meilleurs soins : le parcours est loin d’être sans embûche. Face à cette situation, les familles sont souvent aux avant postes. C’est elles qui assurent dans 75 % des cas le suivi quotidien, bien qu’elles considèrent pour beaucoup que ce n’est pas leur rôle. Pour l’assumer, elles ne bénéficient pas toujours de toutes les cartes. Dans seulement 21 % des cas, elles bénéficient d’un rendez-vous avec le service social lors de la fin d’une hospitalisation, un rendez-vous considéré pourtant par beaucoup (61 % des proches interrogés) comme un moment important pour tenter de mettre en place des solutions concrètes. L’accompagnement social est d’une manière générale le maillon le plus faible de cette organisation chaotique. Les malades psychiques sont peu nombreux à bénéficier de la Prestation de compensation du handicap. L’accès à l’emploi, au logement, à des activités non professionnelles n’est que rarement l’objet d’une concertation spécifique. La stigmatisation par ailleurs est un poison constant : « 88% des familles estiment qu’au sein de la société actuelle le malade et ses proches sont stigmatisés » relève l’association.

Source JIM