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Article : L'e-santé n'est pas faite pour soigner, mais pour "donner plus de pouvoir" aux patients

le 23 août 2017

"Nous n'allons pas guérir les patients grâce à l'e-santé, mais nous allons leur donner plus de pouvoir pour gérer leur santé", a déclaré le 4 juillet le Pr. Mark Bachman, chercheur et enseignant à l'institut californien pour les télécommunications et la technologie de l'information (Calit2), lors de la conférence inaugurale de la 11eme université d'été de l'e-santé à Castres.

Expert de l'internet des objets (IoT) et directeur du "co-laboratoire" en e-santé de l'université de Californie à Irvine (UC Irvine), le Pr Mark Bachman est intervenu à l'école d'ingénieurs Isis (Informatique et système d'information pour la santé) pour donner sa vision de la convergence entre nouvelles technologies et médecine.

"Nous parlons d'e-santé mais soyons clairs: pour moi, le 'e' d'e-santé signifie 'empowerment'", a-t-il expliqué, usant d'une expression anglosaxonne qui ne trouve pas d'équivalent exact en France et pourrait se traduire par "empouvoirement", "responsabilisation" ou "capacité à agir".

A rebours du "solutionnisme" numérique, concept développé par le chercheur américain en histoire des sciences Evgeny Morozov pour dénoncer la philosophie utopiste des entreprises de la Silicon Valley, Mark Bachman a martelé que la technologie n'était pas une fin en soi, mais un outil pour "donner du pouvoir à l'ensemble de l'écosystème de la santé".

Qu'il s'agisse des patients, des professionnels de santé ou des industriels, "toutes les disciplines" et "tous les acteurs" peuvent améliorer leur capacité à agir grâce à ces outils, a-t-il insisté.

Comparant la croissance des usages des technologies de l'e-santé à celle de la téléphonie mobile, Mark Bachman a estimé que l'e-santé était encore au stade de "la vallée des déceptions". "Nous voyons beaucoup de potentiel et d'opportunités, mais les usages restent en-deçà des espoirs", a-t-il analysé.

Il a prédit "dans les 5 ans qui viennent" l'arrivée du secteur de l'e-santé au "moment iPhone*", c'est-à-dire à l'instant où "les nouvelles technologies numériques dépassent les technologies traditionnelles", et connaissent un déploiement rapide à l'échelle mondiale.

Passé ce moment, "on aura l'impression d'utiliser ces technologies depuis toujours", a-t-il poursuivi, faisant référence à l'iPhone* qui fête cette année son 10e anniversaire.

Pour arriver à avancer sur cette courbe de croissance des technologies, "tous les projets d'e-santé doivent être menés en collaboration entre différents acteurs ingénieurs, designers, professionnels de santé, sociologues, psychologues", a énuméré Mark Bachman.

Car en plus du savoir scientifique et médical, l'e-santé fait appel à des connaissances d'ingénierie des technologies, en termes de micro-capteurs implantables par exemple, mais aussi à des compétences purement informatiques de collecte et de gestion des données, et à une connaissance fine des profils sociologiques et psychologiques des utilisateurs.

Source TIC Santé