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Article : Quand la réalité virtuelle aide à traiter les addictions

le 9 juin 2017

[Vice] Aux États-Unis, des addicts aux opioïdes sont soignés grâce à des casques VR. 

 « C'est comme si quelque chose grouillait en vous, raconte Judy*. Vous avez chaud, puis froid, et vous avez envie de vous enfuir. » Cette femme de 57 ans aux cheveux grisonnants ne se départit que rarement de son regard sombre. Assise avec la jambe appuyée sur sa canne, elle semble à bout de souffle. Au cours de notre conversation, elle n'arrête pas de se balancer d'avant en arrière.

Judy m'explique qu'elle souffre de douleurs constantes : arthrite, problèmes de dos, fibromyalgie et migraines quotidiennes. Directrice d'une grande entreprise d'appareils électroniques jusqu'en 2008, elle ne peut plus travailler aujourd'hui. Très souvent, ses douleurs l'empêchent même de sortir du lit.

Elle prend 20 médicaments différents par jour, dont des analgésiques, des antidépresseurs, des calmants, ainsi qu'un patch contenant une forte dose de Fentanyl – un opioïde qui ne l'a pas vraiment soulagée et qu'elle essaye d'arrêter. Son docteur réduit la dose depuis des mois, ce qui fait que Judy souffre des symptômes du sevrage : des frissons, et cette impression que quelque chose fourmille dans votre corps. Puis, sa clinique a annoncé qu'elle ne prescrirait plus d'opioïdes du tout, en raison de nouvelles lois visant à stopper la consommation démesurée dans le pays. Confrontée au risque de perdre le médicament dont elle est désormais physiquement dépendante, Judy a changé de clinique : ayant désespérément besoin d'aide, elle est allée au Pain Consultants of East Tennessee (PCET), à Knoxville.

Ted Jones, le médecin traitant en charge de la clinique, appelle les patients comme Judy des « réfugiés ». Il affirme suivre des dizaines de cas similaires. Plus de 100 millions d'Américains souffrent de douleurs à long terme et, désormais, ils sont au centre de deux catastrophes médicales majeures aux États-Unis : les douleurs chroniques et l'addiction aux opioïdes.

Au cours de ces dernières décennies, les docteurs américains ont géré les problèmes de douleurs chroniques en prescrivant toujours plus d'analgésiques à base d'opioïdes – des médicaments comme l'hydrocodone et l'oxycodone, qui appartiennent à la même famille chimique que la morphine et l'héroïne. Ces médicaments se sont révélés moins efficaces dans le traitement des douleurs chroniques que prévu, et bien plus addictifs. La hausse des prescriptions a fait grimper le nombre d'addicts aux opioïdes, ce qui a provoqué la mort de milliers de personnes par overdose.

Les efforts pour freiner les prescriptions et les overdoses d'opioïdes commencent à porter leurs fruits, mais, suite à l'échec spectaculaire d'une approche centrée sur la drogue pour combattre les douleurs chroniques, les docteurs recherchent éperdument des techniques alternatives pour remédier à un problème qui gâche la vie de millions de personnes. Ted Jones est en train de tester une nouvelle méthode technologique qui semble improbable : la réalité virtuelle.

 Depuis les années 1990, les prescriptions d'opioïdes ont triplé aux États-Unis ; le pays compte moins de 5 % de la population mondiale mais utilise près de 80 % de la réserve mondiale d'opioïdes, et ceci avec des conséquences désastreuses.

Les analgésiques à base d'opioïdes étaient précédemment utilisés dans des cas précis, par exemple pour lutter contre des douleurs faisant suite à une opération, ou des douleurs lors des cancers en phase terminale. Mais, suite à une campagne menée par l'American Pain Society, qui militait pour un traitement plus radical des douleurs, et suite, également, à une campagne marketing menée par des laboratoires pharmaceutiques affirmant que les nouvelles drogues comme l'OxyContin étaient efficaces et non-addictives, les docteurs ont prescrit plus régulièrement des opioïdes pour différents types de douleurs chroniques. « On nous a dit que la douleur était sous-traitée », se souvient Joe Browder, médecin et associé principal au PCET.

Source Vice