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Article : Un médecin virtuel pour le diagnostic des épisodes dépressifs majeurs

le 19 avril 2017

[Entre Patients] Les patients semblent bien accepter le fait de parler de leurs problèmes de santé à un médecin virtuel, qui présente une spécificité et une sensibilité satisfaisantes pour diagnostiquer un épisode dépressif majeur, montre une étude française.

Il s'agit du "premier agent conversationnel animé ou humain virtuel capable de conduire un entretien interactif intelligent pour diagnostiquer des troubles dépressifs", créé par les chercheurs du laboratoire Sanpsy (Sommeil, addiction, neuropsychiatrie) à Bordeaux, indiquent l'université de Bordeaux et le CNRS dans un communiqué commun diffusé début mars.

"L'enjeu n'est pas de remplacer le médecin mais d'assister ce dernier pour diagnostiquer plus rapidement des patients non identifiés comme dépressifs et possiblement dans le futur, d'assurer un suivi médical de qualité au domicile du patient."

L'université et le CNRS ajoutent que "cette recherche s'inscrit dans une idée d'hôpital numérique, qui assurera un continuum de prise en charge des services hospitaliers jusqu'au domicile des patients afin d'augmenter l'autonomie de ces derniers".

Dans cette étude, dont les résultats sont publiés dans Scientific Reports, le Pr Pierre Philip du CHU de Bordeaux et du Sanpsy et ses collègues rappellent que l'entretien en face à face est l'examen de référence pour le diagnostic des troubles mentaux. L'empathie et la confiance sont des éléments essentiels pour collecter les informations nécessaires au bon diagnostic.

Des questionnaires informatisés ont été développés, avec en parallèle des logiciels pour la psychothérapie, puis des agents virtuels de conversation, combinant des expressions verbales, faciales et gestuelles, notamment dans le cadre du projet américain SimSensei. Le logiciel utilise la technologie Kinect* (Microsoft) pour repérer des personnes dépressives à partir des mouvements du corps, de leur regard, de leur visage et leur voix.

Mais c'est la première fois qu'un tel humain virtuel est testé dans un environnement médical et comparé à un psychiatre pour diagnostiquer un épisode dépressif majeur selon les critères du DSM-5, soulignent les auteurs.

Ils ont inclus 179 patients adressés au CHU de Bordeaux initialement pour des troubles du sommeil et non une dépression. Chacun a passé un entretien de quelques minutes, dans un ordre aléatoire, avec un psychiatre et avec l'agent virtuel, puis à l'issue de chaque entretien, a rempli l'inventaire de Beck afin de déterminer la sévérité de la dépression (score BDI-II) et l'échelle d'acceptabilité (score AES).

Pour cette étude, l'agent virtuel correspond à un avatar animé en vidéo 3D, capable d'avoir une conversation et utilisant la technologie Kinect*. Les réponses des patients sont analysées et un algorithme décisionnel calcule la probabilité d'un diagnostic de dépression.

Au total, un épisode dépressif majeur a été diagnostiqué par le psychiatre chez 35 patients. L'agent virtuel a correctement identifié 17 d'entre eux mais est passé à côté des 18 autres.

Selon l'analyse des données, l'agent virtuel présente une spécificité de 93% mais une sensibilité de 49%, avec une valeur prédictive négative de 88% et une valeur prédictive positive de 63%.

Cependant, la sensibilité augmente avec la sévérité des symptômes dépressifs, atteignant 73% pour les patients présentant un score BDI-II d'au moins 29 points. La spécificité restait supérieure à 95% que la dépression soit légère, modérée ou sévère.

Globalement, l'agent virtuel a été globalement très bien accepté, avec un score AES de 25,4 points (sur une échelle de 0 à 30).

Cette étude de preuve de concept suggère qu'un agent virtuel est un outil prometteur pour réaliser des entretiens cliniques standardisés, reproductibles et bien acceptés par les patients dans des conditions médicales, concluent les chercheurs.

Ces agents virtuels pourraient s'inscrire dans de nouvelles approches de prise en charge des maladies chroniques et d'optimisation le système de santé. Ils pourraient permettre un diagnostic précoce et le suivi des patients, des procédures coûteuses et chronophages, dans un contexte de vieillissement de la population et de baisse de la démographie médicale, ajoutent-ils.

Source Entre Patients