Vous êtes dans : Accueil > Actualités > E-Santé > Entretien : « Oui, je vois un psy... sur Skype »

Entretien : « Oui, je vois un psy... sur Skype »

le 17 novembre 2017

Depuis six ans, la psychanalyste Fabienne Kraemer consulte par Skype, une idée novatrice devenue très répandue. Elle raconte.

Sous le nom des utilisateurs de Skype figure en principe la mention Absent, Connecté ou Déconnecté. Fabienne Kraemer a ajouté: «Psychothérapies individuelles ou en couple par Skype. Auteure et psychanalyste.» Comme une carte de visite. C’est que la praticienne a fermé son cabinet parisien il y a six ans pour se lancer dans l’e-thérapie. Collier de perles et petit pull gris, livres et cadres en arrière-plan, elle tire le bilan via sa webcam.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans l’analyse via Skype?

Par amour. J’ai rencontré mon conjoint qui travaillait alors en Irlande. J’avais un cabinet boulevard Saint-Germain, aucun désir de quitter mes patients et l’âge où l’on n’a pas envie de passer à côté d’une histoire. J’ai toujours été un peu geek; j’ai proposé à mes patients de poursuivre par Skype. Tous m’ont suivie, sauf un.

Comment avez-vous vécu cela?

Je trouve cela super intéressant car le métier de psy nous fige dans un lieu, c’est un peu sclérosant. A Paris, 99% de ma clientèle venait de trente minutes à la ronde. Cela impliquait une sorte de profil type. Aujourd’hui, j’ai des patients au Tadjikistan, en Birmanie, à Genève, à Zurich, à Miami ou à Singapour. C’est riche et cela me permet une grande mobilité. Je consulte depuis Arles et Paris, parfois depuis chez ma mère. Je pourrais envisager de partir vivre ailleurs. En revanche, il y a toujours une bibliothèque derrière de moi car il est important qu’il y ait un cadre fixe dans une thérapie.

Quid de la thérapie en elle-même?

Il a fallu adapter la pratique au médium. Il est très difficile de rester silencieux par exemple; les gens ont l’impression que vous n’êtes plus là. Mais la plus grande différence est que je ne peux plus prendre mes patients dans les bras ou leur poser une main sur l’épaule lorsqu’ils s’écroulent. Je le faisais rarement mais cela manque parfois. Je dois être beaucoup plus soutenante par la parole. A l’inverse, il y a plein d’ouvertures que je n’avais pas auparavant. Je vais à domicile, je surprends des moments de vie et cela peut aider dans une thérapie. Nous travaillons aussi à partir de photos qu’ils m’envoient par Skype ou mail.

Source Le Temps