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Article : Exercer en psychiatrie, quelles spécificités pour les infirmier.e.s ?

le 6 octobre 2017

Travailler en psychiatrie, est-ce fondamentalement différent des soins somatiques ? C'est la question que nous avons posée à plusieurs infirmiers qui ont en commun de travailler en « psy » mais dans des types de structures très différents. Et sur de nombreux points, leur réponse a été « oui ».

On n'arrive pas en psychiatrie par hasard, pour « voir », mais par choix, souvent parce que la dimension relationnelle occupe une place centrale dans les soins. C'est le cas de Karine Michel, infirmière au Centre médico-psychologique pour enfants de Villeneuve d'Ascq, près de Lille. « Je ne voulais exercer qu'en psychiatrie  », raconte-t-elle. Elle a fait partie des dernières à suivre le cursus d'infirmier de secteur psychiatrique, supprimé en 1992 (lire ci-dessous).

Aurélia, qui travaille dans un Centre de soin, d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa), a étudié deux ans la psychologie à l'université avant de suivre des études d'infirmières et une spécialisation en psychiatrie dans une école belge. Enchaîner les perfusions à toute vitesse, ce n'était pas pour elle. « J'ai d'abord travaillé en intérim et quand je me suis sentie prête, je suis allée en psychiatrie, en addictologie  », explique-t-elle.

Nadjia Tamort, également infirmière au CMP de Villeneuve d'Ascq, s'est lancée aussi dans des études de psycho mais les faibles débouchés l'ont fait bifurquer vers l'Ifsi. Elle a travaillé plusieurs années en soins somatiques avant d'arriver au CMP. Cursus similaire pour Marwan Ala, qui souhaitait pratiquer davantage les soins relationnels et travaille dans un service d'hospitalisation de l'Etablissement public de santé mentale (EPSM) de l'agglomération lilloise depuis deux ans et demi.

Quant à Benjamin Delache qui apprécie le temps passé avec les patients, après des missions d'intérim en soins généraux, il s'est tourné vers l'EPSM et a accepté le poste à l'accueil d'urgence qu'on lui proposait quand le Centre psychiatrique d'accueil et d'admission (CPAA) de Lille a ouvert. Il y travaille depuis cinq ans.

Des structures diversifiées

L’éventail des opportunités professionnelles est vaste, de l’unité d'hospitalisation classique aux nombreuses structures ambulatoires qui assurent une grande partie des prises en charge : hôpital de jour, centres médico-psychologiques (CMP), centres d'accueil thérapeutiques à temps partiel (CATTP), équipes mobiles qui se développent à domicile, dans les foyers de vie ou les centres d'hébergement,...

Le CPAA, largement ouvert sur la ville, souligne Benjamin Delache, comprend un espace d'accueil et de consultations sans rendez-vous (ouvert 24h/24) et un autre d'hospitalisation (volontaire, à la demande d'un tiers ou sous contrainte) de courte durée. Benjamin Delache travaille dans les deux. En hospitalisation, les soignants côtoient les patients pendant toute la durée de leur poste, non seulement dans leur chambre mais également dans le service, car ils sont libres d'aller et venir. « L'observation clinique se déroule donc aussi lors des repas pris en commun ou dans la pièce de vie  », précise-t-il.

Au Csapa, structure ambulatoire qui accueille sans rendez-vous, anonymement et gratuitement, les usagers de drogues, les missions d'Aurélia sont très variées. Elle reçoit tous les matins, individuellement, des patients sous méthadone et mène avec eux un entretien motivationnel sur une question de santé ou une autre. Proche du médecin, elle fait le relai entre ce dernier et le reste de l'équipe. Outre des entretiens infirmiers, elle réalise aussi des tests rapides du VIH (Trod), annonce les résultats et le cas échéant, accompagne ensuite les patients. Régulièrement, elle assure l'accueil des patients, organise des semaines d'éducation sur la santé et accompagne des personnes à des rendez-vous à l'extérieur.

Grande diversité aussi au CMP pour enfants : « nous voyons de nouvelles personnes quasiment tous les jours !  », remarque Nadjia Tamort. Les infirmières reçoivent en rendez-vous d'accueil des parents et des enfants et assurent le suivi de certains d'entre eux, toujours en coordination avec le médecin, au centre ou à domicile. Très mobiles, elles se rendent aussi à domicile auprès de femmes enceintes ou de nouveau-nés, pour une prise en charge précoce, ou encore auprès d'enfants accueillis en famille d'accueil thérapeutique.

Une autonomie renforcée

Selon les structures, les infirmiers sont nombreux ou au contraire travaillent essentiellement seuls. Selon les projets d'unité et de soins définis pour chaque structure, le rôle propre de l'infirmier sera également plus ou moins étendu, souligne aussi Annick Perrin-Niquet, présidente du Comité d'études des formations infirmières et des pratiques en psychiatrie (Cefi-psy). Mais d'une manière générale, les infirmiers disposent d'une autonomie manifestement plus importante qu'en soins généraux. « A l'hôpital, tout est organisé, compare Nadjia Tamort. Il y a des choses systématiques à faire, peu d'imprévus » et les prescriptions médicales orientent le travail infirmier quotidien. En psychiatrie, outre les prescriptions, c'est l'observation clinique qui donne aux infirmiers les orientations de leur intervention. Ils l'adaptent à chaque personne, à son comportement, à ses besoins, à ses dispositions du moment... Pas de routine, donc, et une posture professionnelle très éloignée de celle d'« exécutant », que les infirmiers rencontrés apprécient beaucoup. Ils réalisent par ailleurs moins de soins somatiques, voire pas du tout, et la dimension relationnelle domine les prises en charge.

Ils ont aussi la possibilité de proposer de leur propre chef un entretien aux patients. « Soit je vois les patients en entretien sur prescription du médecin, soit je les vois de ma propre initiative si je pense que c'est nécessaire ou si un patient souhaite s'entretenir avec moi, témoigne Marwan Ala. Je peux les voir dans un bureau ou lors d'un repas ou dans leur chambre...  ». Ses entretiens infirmiers permettent à Aurélia de faire le point avec un patient, d'évoquer une question de santé (tabac, IST...) ou de distribuer du matériel de réduction des risques et d'en expliquer l'utilisation.

Tous ne le font pas mais les infirmiers en psychiatrie peuvent aussi organiser des activités thérapeutiques pour les patients. Karine Michel organise des séances en groupe à la piscine avec une psychomotricienne du CMP et des séances individuelles de sophrologie ludique. Pour d'autres infirmiers, il s'agira d'organiser des activités créatives, d'accompagner un patient chez le coiffeur, au supermarché ou à la pharmacie, ou encore de préparer son domicile avant son retour. 

Source Actusoins