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Article : La maladie mentale serait-elle liée à la culture?

le 31 mars 2017

[Radio Canada] Le psychiatre brésilien Vitor Pordeus, qui travaille à un doctorat en psychiatrie transculturelle à l'Université McGill, estime que la culture et l'histoire d'une collectivité sont à la source des maladies mentales. Et il utilise le théâtre auprès de personnes atteintes de troubles mentaux pour alléger ceux-ci.

À Montréal depuis près de deux ans et de passage à Rimouski dans le cadre d'un colloque sur la médiation interculturelle, Vitor Pordeus s’intéresse notamment à la perte d’identité culturelle et à l’histoire collective comme causes de troubles mentaux, comme la dépression.

La maladie est une production rituelle, culturelle, aussi collective. Premièrement collective. Vitor Pordeus, psychiatre

Vitor Pordeus a notamment travaillé dans le plus vieil hôpital psychiatrique du Brésil et a pu observer les effets très positifs du théâtre sur des malades gravement atteints. Une approche contradictoire avec la psychiatrie dominante du Brésil, où on préfère isoler les personnes atteintes de maladies mentales, mentionne-t-il.

Il raconte avoir fait jouer la pièce Hamlet à des gens atteints de psychoses chroniques ou de schizophrénie. « Je vois ces gens commencer à parler, commencer à communiquer, développer un attachement avec le groupe », se réjouit Vitor Pordeus.

Il estime que le système est différent au Canada, mais que la médication occupe une grande place dans les méthodes de traitement. Le psychiatre observe que l’industrie pharmaceutique est beaucoup plus présente dans l’hémisphère Nord, et que le nombre de suicides au Canada est préoccupant, à l’instar du nombre d’homicides au Brésil.

Pour lui, l’autodestruction, la dépression, l’anxiété et la bipolarité sont des conséquences inconscientes de l’héritage collectif.

Tout est passé de génération en génération, à travers la culture. Aussi viennent les traumas, les traumas historiques, la souffrance, les holocaustes, la perte d’autonomie, la perte d’identité. Vitor Pordeus, psychiatre

D’après Vitor Pordeus, les communautés doivent accepter et comprendre leur histoire collective souvent violente pour alléger ses répercussions sur la psyché humaine.

Une crise identitaire

Invité au colloque sur la médiation interculturelle organisé à l’Université du Québec à Rimouski, le psychiatre d'origine brésilienne affirme que les différentes crises relatives à l’immigration sont nécessairement liées à des crises identitaires.

Les questions d'immigration et d'intégration des étrangers doivent se poser en rapport avec les peuples d'accueil et leur propre identité culturelle. Selon lui, le fait d’être en paix avec son identité culturelle favorise davantage le dialogue entre les communautés.

Quand je [sens] mon identité [garantie], avec mes racines, mon histoire, mon origine, je n’ai pas peur de l’autre, je peux interagir tranquillement, parce que mon identité et ma personnalité vont rester préservées. Vitor Pordeus, psychiatre

« Nous sommes un peuple de la colonisation, à chercher notre identité, à comprendre ce monde fou qui a généré notre histoire », affirme Vitor Pordeus.

Source Radio Canada