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Article : Une psychothérapie, école de tolérance ?

le 12 octobre 2016

[Figaro] C'est grâce à la relation particulière qui l'unit à son psychothérapeute que le patient peut gagner en ouverture d'esprit et en acceptation. 

Du processus psychothérapeutique, on sait qu'il aide à guérir le mal-être. Mais peut-il rendre «meilleur», plus patient et conciliant ? Peut-il, chez un patient lambda, remplacer l'intolérance basique par une certaine ouverture d'esprit ? Oui, cette intolérance qui pousse à serrer les mâchoires quand les «autres», tous ces autres, deviennent de plus en plus difficiles à supporter.

«Je ne supportais plus rien»

Véronique, 45 ans, se souvient de ces premières séances de psychothérapie où elle se retrouva à déplorer sans cesse les inconforts que générait sa cohabitation avec ses proches: «Je ne supportais plus rien: mon compagnon mâchait trop de chewing-gum, ma mère parlait trop vite… Je me sentais incomprise de tous», avoue-t-elle.

Cet état d'intolérance quasi «inflammatoire», les psychothérapeutes le connaissent bien. «Celui ou celle qui arrive dans nos consultations se présente avec un regard “tout blanc” ou “tout noir” sur les autres, mais aussi sur lui-même», observe Chantal Masquelier-Savatier, psychologue et gestalt-thérapeute, auteur de La Gestalt-thérapie («Que sais-je », PUF). «Soit il se sent dans la plainte, soit dans l'accusation. Ce clivage, très fréquent, montre que l'intolérance peut dériver vers une forme de paranoïa. Le chemin transformateur serait de lâcher l'idéalisation de soi ou de l'autre.»

Oser mettre en mots

Soit. Mais en quoi le fait d'en parler une fois par semaine peut-il permettre de s'en libérer? «En thérapie, et notamment en gestalt, il est pleinement permis à la personne d'exprimer son intolérance et donc, peu à peu, elle se libère de la honte ou de la culpabilité qui vont avec, explique Chantal Masquelier-Savatier. Cela génère un soulagement à l'opposé de la pression au changement qui s'exerce sur elle partout ailleurs.»

Oser mettre en mots. Être accueilli dans ses petits côtés mesquins et ses pensées les moins reluisantes. «Cela n'est possible que si le psychothérapeute fait lui-même preuve d'une extrême tolérance, voire d'une certaine nonchalance, estime Jean-Louis Monestès, professeur de psychologie à l'université de Grenoble et psychothérapeute spécialisé en ACT (thérapie d'acceptation et d'engagement). C'est même un des signes de sa qualité professionnelle.»

Une arme contre l'intolérance

Car pour le patient, tout l'enjeu est là: recouvrer cette précieuse flexibilité psychologique dont le professionnel face à lui devient le modèle. Il l'écoute, semble le comprendre et connaître ces émotions par lesquelles lui-même est traversé. «Jamais je ne me suis sentie jugée alors que je me perdais en récriminations venimeuses contre mon fils, ma mère, mon patron, se souvient Véronique. Pouvoir expérimenter, cela m'a permis de crever l'abcès en toute confiance.»

«La véritable arme contre l'intolérance reste l'entraînement de la capacité à se mettre à la place de l'autre», explique le Pr Monestès, auteur de Libéré de soi! Se réinventer au fil des jours (Armand Colin). Cette qualité, appelée «empathie», le patient la goûte, la ressent, puis l'apprend à force de face-à-face avec son thérapeute.

«Nous regardons à deux ce qui se passe dans notre relation, explique Chantal Masquelier-Savatier. Ainsi, une de mes patientes ne supportait pas que je la reçoive en séance avec quelques minutes de retard. Cela lui était tout simplement insupportable. Nous avons exploré ensemble ce qui se passait entre nous, avant de regarder la part de chacun à ce phénomène. Peu à peu, quelque chose a pu s'apaiser dans une acceptation réciproque.»

Source Figaro