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Entretien : "J'ai quinze ans de maladie derrière moi"

le 19 mai 2016

[Le Cercle Psy] Tombée dans l’anorexie à 17 ans, Sabrina regrette que les prises en charge n’impliquent encore pas assez les familles de patients.

Quel constat faites-vous de la prise en charge des TCA en France ?

Selon les données officielles, 5 % de personnes souffrent de troubles alimentaires mais on est très en deçà des chiffres réels : par exemple, une anorexique sur deux ne serait pas diagnostiquée. Il y a trop peu de professionnels de santé formés à ces troubles et les médecins, aussi doués et dévoués soient-ils, disent eux-mêmes qu’ils sont démunis.

Pour ce qui est de l’anorexie, la prise en charge est difficile. Trouver la bonne alliance thérapeutique prend du temps et les personnes souffrant d’anorexie sont souvent réfractaires aux soins pour diverses raisons : déni de la maladie, peur de reprendre du poids, de perdre le contrôle, etc. Aujourd’hui, tout un travail est fait pour un repérage et un diagnostic précoces de la maladie, mais faire de la prévention est compliqué : beaucoup de jeunes filles qui vont devenir anorexiques commencent par un régime. Le régime n’est alors que l’élément déclencheur, mais il faut éviter de faire des raccourcis simplistes : on ne devient pas anorexique pour devenir maigre. La maigreur est une conséquence de l’anorexie. Le mental anorexique s’installe bien avant que la maigreur ne vienne. Mon anorexie a revêtu une fonction d’utilité pour masquer le problème. Je voulais vivre autrement, qu’on prenne soin de moi, qu’on me protège, qu’on m’aime pour celle que j’étais vraiment, pas pour mes résultats, mes performances, mon corps. Quelqu’un qui sera pris en charge rapidement pourra se sortir de là en deux ou trois ans. Moi j’ai 15 ans de maladie derrière moi. Et je suis encore suivie par un psychologue, car je suis profondément marquée et je garde le trauma de mon hospitalisation sous contrainte. Et puis il faut aider les proches. Mes parents ont été les derniers informés de ma maladie, et ils n’ont pas été suffisamment conseillés.

Source Le Cercle Psy