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Entretien : Jobcoaching, l’emploi accompagné au sein de Messidor

le 14 avril 2017

[Handirect] Rencontre avec Thierry Brun, directeur général de Messidor, association qui œuvre depuis plusieurs années pour faire émerger le concept d’emploi accompagné sous la forme d’un dispositif  "jobcoaching".

Messidor est une association qui a été créée par Vincent Verry en 1975. Il a fait le constat que les gens vont mieux quand ils travaillent, et notamment les personnes en situation de handicap psychique. Il avait déclaré : « Toute personne souffrant de difficultés psychiques et sociales, conserve un potentiel toujours vivant, qui demande à être entendu, mais qui demande également à s’exercer ».  Ainsi Messidor a été créée sur la base d’une grande idée fondatrice : la transition par le travail, avec 5 principes fondamentaux énoncés dès 1975 : Donner un statut de travailleur rémunéré aux personnes. Choisir des activités de service. Travailler en réseau. Privilégier un management participatif. Essaimer le concept sur le territoire national. Ce qui a inspiré plus tard le jobcoaching.

Messidor gère des ESAT et EA, ainsi qu’un dispositif de jobcoaching (emploi accompagné), dans le but d’intégrer directement les personnes accompagnées dans le milieu ordinaire. Sa particularité repose sur le fait qu’elle s’appuie sur une méthode de parcours de transition balisé, et qu’elle s’adresse plus particulièrement aux personnes handicapées psychiques. Messidor commence également à développer une « franchise sociale », en formant les personnels d’ESAT et d’EA d’autres associations qui le souhaitent à la méthode d’accompagnement Messidor. La première franchise verra le jour à Limoges avec la fondation Delta Plus.

L’emploi accompagné / Job coaching c’est la volonté de permettre aux personnes de s’intégrer directement dans le milieu ordinaire. Faire en sorte que les personnes qui ne souhaitent pas passer par un ESAT, par une entreprise adaptée ou qui ne veulent pas de RQTH, puissent aller comme n’importe quel personne travailler en milieu ordinaire.

C’est une réflexion qui a eu lieu en interne pour justement s’adresser à ces personnes qui ne voulaient pas être en ESAT ou en EA, ou ne souhaitaient pas demander de RQTH. Nous y avons réfléchi dans un plan d’action 2005-2010. C’est à ce moment-là aussi que nous avons rencontré Bernard Pachoud, psychiatre et professeur de psychopathologie, et Inès de Pierrefeu, Psychologue clinicienne et Doctorante à l’Université Paris-Diderot, qui travaillent tous deux sur la problématique de l’insertion professionnelle et ont entamé avec nous la démarche de recherche sur les pratiques de Messidor. Devant nos interrogations, Bernard Pachoud nous a mis en contact avec le professeur Marc Corbière, chercheur au centre de recherche en santé mentale de Montréal, qui s’intéresse aux facteurs de réinsertion des personnes en situation de handicap psychique sur le marché du travail ordinaire. Nous avons alors découvert le dispositif « jobcoaching » dans les pays anglo-saxons. À partir de ce moment-là on a lu la littérature s’y rapportant et on a essayé de voir comment on pouvait adapter le dispositif anglo-saxon à la France, en sachant que le code du travail est différent, que les facilités pour entrer et sortir de l’entreprise ne sont pas les mêmes. Nous avons embauché à ce moment-là un chef de projet qui a conceptualisé la méthode anglo-saxonne (IPS) de manière à l’adapter au Code du travail français. Nous avons commencé avec une jobcoach, qui a travaillé sur un bassin d’emploi en Haute-Savoie, pour vérifier si ça pouvait fonctionner, faire des allers-retours, modifier le processus et le balisage d’accompagnement. Très vite, nous avons vu que les premières personnes qui entraient dans le dispositif décrochaient un contrat de travail, à notre agréable surprise. Et donc, nous avons très vite fait appel à une deuxième jobcoach, puis une troisième sur le bassin d’emploi d’Annecy, premier département concerné. Et ensuite, nous avons développé ce concept sur les autres départements où Messidor était implanté.

Actuellement les départements concernés sont : la Haute-Savoie, le Rhône, l’Isère, la Loire, la Drôme, la Charente-Maritime, la région parisienne, Beauvais et la Saône-et-Loire, où l’on a développé le dispositif avec les personnes qui ont repris le concept de transition de Messidor – donc les associations qui font partie du « réseau Transition » aujourd’hui.

Le jobcoach est attaché à un bassin d’emploi, bien identifié. Il ne faut pas qu’il passe trop de temps dans la voiture, il vaut mieux qu’il passe beaucoup plus de temps dans l’entreprise et avec les personnes. Son rôle c’est vraiment de connaître les entreprises avec lesquelles il travaille ainsi que leur fonctionnement, et de connaître aussi très bien le projet et le potentiel des personnes, de façon à faciliter la mise en emploi des personnes handicapées. On part du projet de la personne, de ce qu’elle a envie de faire, de ses motivations, car c’est ce qui fait qu’elle va pouvoir décrocher son premier contrat. À partir du premier contrat on va construire, étayer, refaire de la formation si besoin… mais c’est d’abord du placement et ensuite éventuellement de la formation, mais jamais l’inverse. On est à l’inverse de la méthode française. On est sur le « Place and train », c’est-à-dire placer et éventuellement former derrière.

Messidor a toujours une origine sur le handicap psychique. On a commencé à faire fonctionner le jobcoaching avec ce type de handicap parce que c’était la demande. Cela correspond aussi au public qu’on accueille parce que ce sont des personnes qui ont souvent un cursus scolaire, universitaire, voire une expérience professionnelle, donc un bagage et un potentiel qui permettent d’accéder à l’entreprise… Notre travail à nous c’est de faire en sorte que la personne puisse révéler ce potentiel. C’est tout l’art des jobcoaches d’aider la personne à trouver sa motivation pour qu’elle révèle son potentiel dans l’entreprise.
La loi travail (juillet 2016) et le décret d’application « Emploi accompagné »

Cela a commencé par une rencontre au ministère, au mois d’octobre 2015, avec Ségolène Neuville, Secrétaire d’État auprès de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion. Ensuite, j’ai été invité à l’Élysée dans le cadre de la CNH du mois de mai 2016 (Conférence Nationale du Handicap), sur la table ronde l’emploi accompagné, où j’ai témoigné sur l’expérience de Messidor et ses résultats en termes de contrats de travail et de processus. À l’issue de ce travail-là, il y a un échange avec le ministère et la FEGAPEI, sur l’élaboration d’un projet d’amendement à la loi travail rédigé par le ministère. La loi est passée, l’amendement est passé, et derrière, j’ai participé à un travail sur le décret, étant membre du CNCPH et de son groupe emploi et formation.

Ce texte qui permet l’accès direct à l’entreprise est une excellente chose pour l’emploi des personnes handicapées en France. Même si des voix se sont parfois élevées lors des différentes étapes du processus, je me suis attaché à ce que le texte passe à chaque fois qu’il a fallu voter. Parce que même si ce n’était pas parfait – notamment sur le fait que la RQTH soit obligatoire pour bénéficier de ce dispositif – même si le financement n’était pas bouclé (parce que les 5 millions d’euros annoncés par le chef de l’État à la CNH ne sont pas suffisants), ce qui est important c’est que ce soit maintenant inscrit dans la loi. On aura toujours le temps d’améliorer les choses, de trouver des aménagements. Mais si ça n’avait pas été inscrit dans la loi, ça n’aurait jamais existé. Aujourd’hui ça existe.

Source Handirect