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Entretien : Soigner les traumas des réfugiés, "J’ai reçu des patients ne sachant plus parler"

le 16 mars 2018

Marie-Caroline Saglio-Yatziminsky est psychologue à l’hôpital Avicenne, en Seine-Saint-Denis, où elle soigne des demandeurs d'asile.

Formée à l’anthropologie, la psychologue Marie-Caroline Saglio-Yatziminsky intervient à l’hôpital Avicenne, situé en Seine-Saint-Denis, dans la consultation de psycho-traumatisme. Elle suit quinze à vingt patients en continu, essentiellement des demandeurs d’asile victimes de tortures et de violences. Et publie "La Voix de ceux qui crient" aux éditions Albin Michel (1).

D’où vos patients viennent-ils ?

De partout, au gré des événements violents. Certains sont Afghans, venus de régions soumises aux Talibans ; d’autres sont des Soudanais, dont le pays est dirigé par un homme mis en accusation pour crimes contre l’humanité [Omar El-Bechir, à cause de faits commis au Darfour, NDLR] . Je reçois des Tamouls du Sri Lanka, déchiré par une guerre intestine mâtinée de vengeances, depuis la fin officielle de la guerre, en 2009. Mais aussi des Peuls venus de Guinée, une minorité exploitée. Depuis récemment, j’ai des patients bangladais. Il y a enfin des Erythréens, des Somaliens, des Ethiopiens. Avec une grosse difficulté pour trouver des interprètes en langue amharique ou tigrina... On ne leur parle donc pas dans leur langue, ce qui est dramatique. Je n’ai en revanche pas de Syriens, pris en charge ailleurs. Mes patients sont majeurs, mais certains n’ont même pas 20 ans. Ils sont tous victimes de violences politiques.  

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