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Entretien : Suicides dans les forces de l’ordre, « Sous son uniforme, l’humain subit de plus en plus sa vie »

le 11 décembre 2017

Les militaires de l’opération Sentinelle paraissent à bout, une vague de suicides frappe les forces de l’ordre, un rescapé du Bataclan se donne la mort. Dans ce contexte marqué par le terrorisme, il semblerait que nous soyons entrés dans une société des traumatismes, ou de façon corollaire dans cette « société du risque » dont parlait le sociologue Ulrich Beck en 2001. Virginie Martin, politologue et sociologue, interroge la psychotraumatologue Viviane Batton Paillat sur l’accompagnement des victimes d’attentats, y compris les secouristes.

Virginie Martin : Plus que des sociétés violentes, nos sociétés contemporaines sont des « manufactures à risques », fabriquant des environnements difficiles, stressants, et qui épuisent les organismes. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?

Viviane Batton Paillat : Je ne pense pas qu’on rentre dans une société des traumatismes, mais plutôt que les psychotraumatismes touchent de nouveau plus d’humains en même temps. Ils sont redevenus collectifs et viennent nous choquer dans notre cocon de sécurité par l’intermédiaire des médias, qui utilisent plus que jamais le poids des mots et le choc des photos, en donnant de plus en plus de détails morbides. Notre cocon n’est plus un havre de paix. L’étendue d’un traumatisme va donc bien au-delà du choc de celui qui le vit et bien au-delà du lieu de catastrophe. Après l’attentat contre Charlie Hebdo , un cardiologue de Toulouse a recensé une augmentation des entrées dans son service. Il attribuait grandement cette flambée au stress engendré par la démultiplication des informations au sujet des attentats.

V.M. : Le secrétariat d’État aux victimes mis en place par Manuel Valls sous la présidence de François Hollande a été supprimé au bénéfice d’un comité interministériel. L’ancienne secrétaire d’État, l’ancien premier ministre et certaines associations de victimes ont fortement critiqué ce changement. Est-ce important qu’il existe un portage politique suffisamment visible ?

V.B.P. : Je suis persuadée qu’une victime a besoin de reconnaissance. Lorsque la société y participe grâce à sa justice, à sa solidarité médicale, financière, juridique, la victime peut commencer à guérir de ses blessures en se sentant soutenue. La reconnaissance permet de panser d’autres plaies, celles du cœur et de l’esprit. Tout État, qu’importe la famille politique au pouvoir, doit montrer qu’il s’intéresse à ses citoyens, qu’ils soient des victimes directes ou collatérales.

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