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Interview : “J'ai eu le blues, baby”. La dépression post-partum, un sujet encore tabou

le 24 août 2016

[Cheek Magazine] À l’occasion de la sortie d’un livre intitulé Du baby blues à la dépression post-partum, coécrit par la journaliste Joséphine Lebard et la psychanalyste Katia Denard, retour sur ce phénomène méconnu et tabou qui touche certaines mères après leur accouchement.

Combien de femmes souffrent de dépression post-partum après la naissance d’un enfant? 10 %? 20%? Sujet encore tabou, les chiffres sont flous car la plupart de celles qui en souffrent n’osent pas en parler. C’est à ce thème qu’a décidé de s’intéresser la journaliste Joséphine Lebard qui a elle-même connu ce type de dépression, bien plus profond qu’un simple baby blues, après la naissance de son fils. Elle en a tiré un livre ludique, coécrit avec la psychanalyste Katia Denard, intitulé Du baby blues à la dépression post-partum . Rencontre avec cette auteure qui prouve que la dépression post-partum, non seulement on s’en sort, mais on peut même écrire dessus.

Comment est venue l’idée de ce livre ?

J’avais déjà sorti un livre chez cet éditeur et j’avais envie de me relancer dans une aventure d’écriture. Avec la psychanalyste et amie Katia Denard, qui a aussi connu une dépression post-partum après la naissance de ses jumelles, on s’est rendu compte qu’il y avait assez peu de livres sur le sujet et, peu à peu, le projet a pris forme. Pour nous qui l’avions vécue, écrire sur la dépression post-partum était à la fois une évidence et une expérience un peu secouante, c’était donc bien d’être deux. Katia Denard a pu apporter son regard de psychanalyste sur ce phénomène. À la limite, écrire sur ce sujet faisait presque partie de la thérapie!

“C’est un phénomène qui touche tous les milieux sociaux.”

Pendant la rédaction, en discutant avec des copines, certaines nous ont dit: “Moi aussi je me sentais mal après la naissance de mon enfant, je crois que j’ai vécu la même chose”. Nous nous sommes aussi rendu compte que c’est un phénomène qui touche tous les milieux sociaux, de la maman migrante que l’on rencontre dans un centre social à la CSP+.

La dépression post-partum est-elle encore taboue aujourd’hui ?

Depuis quelques années, un peu moins: le livre d’Alessandra Sublet sur le baby blues a sans doute démocratisé cette notion. Mais c’est vrai que, lorsqu’une mère rencontre des difficultés après la naissance, ça ne se dit pas beaucoup. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle “la dépression souriante” . On s’est vite aperçues que les chiffres étaient très élastiques, entre 10 et 20% des femmes, mais puisque les critères sont flous et que les jeunes mères essayent souvent de faire bonne figure, on ne peut pas être précis sur l’ampleur du phénomène. D’ailleurs, les pères aussi rencontrent parfois des difficultés suite à l’arrivée d’un enfant, des mecs qui partent en vrille ou se barrent sans raison, car tout est chamboulé. C’est encore plus tabou pour eux, car il y a une pression sociale sur le modèle de virilité, une injonction à ne pas montrer ses émotions.

Source Cheek Magazine