Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Photographie : L’histoire du Parisien qui prend des milliers de photos pour combattre ses TOC

Photographie : L’histoire du Parisien qui prend des milliers de photos pour combattre ses TOC

le 13 octobre 2016

[Vice] Un homme se faufile entre les voitures avec aisance avant de faire demi-tour. La raison ? Il pense avoir oublié de fermer son robinet de gaz. En est-il sûr ? Absolument pas. Arrivé chez lui, il en profite pour vérifier qu'aucune cigarette n'est restée allumée dans le cendrier. En repartant, il s'assure à plusieurs reprises que sa porte est bien fermée. Trois minutes plus tard, il monte sur son scooter. Dix minutes plus tard, rebelote. Demi-tour, montée des escaliers, vérification du gaz, du cendrier, de la porte. Redescente des escaliers. Démarrage du scooter. Cette histoire est celle d'Andrea Aggradi.

Du moins, c'était la sienne jusqu'à une épiphanie radicale assez récente, au cours de laquelle cet Italien – qui réside à Paris – a compris que son smartphone pouvait lui permettre de mieux contrôler les TOC dont il était victime. Bien conscient du « caractère absurde » de son trouble – pour reprendre les termes de l'Association Française de personnes souffrant de Troubles Obsessionnels et Compulsifs, ou AFTOC – Andrea s'en est émancipé le jour où il s'est mis à photographier différents éléments de son domicile avec son téléphone pour s'assurer que son appart n'allait pas prendre feu, ou exploser. De cette habitude sont nées des milliers de photos, conservées précieusement sur son téléphone et son ordinateur.

C'est à partir de cette masse de données banales que Léa Neuville et Pamela Maddaleno – de la maison de microédition Gazzarra – Francesco Fioretto – directeur artistique – et Andrea Gandini – photographe et fondateur de la galerie Jitterbug à Paris – ont mis en place une exposition intitulée TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif), qui se tiendra du 8 octobre au 17 novembre à Paris. Les deux Andrea ont eu la gentillesse de me recevoir pour évoquer la difficulté de s'accommoder d'un TOC au quotidien, l'importance d'une telle archive et le défi que représente la transposition de milliers de photos numériques en clichés physiques et palpables dans un espace aussi réduit qu'une galerie.

Tout d'abord, question simple. Comment vous connaissez-vous ?

Andrea Gandini : Pour tout te dire, je connais Andrea depuis très longtemps – un truc comme 15 ans. J'ai rapidement remarqué qu'il portait une attention particulière à certains aspects de son quotidien – une attention liée au contrôle. En fait, il a besoin de se souvenir qu'il a fait une chose précise pour éviter de rentrer chez lui pour vérifier que le robinet du gaz est bien fermé, par exemple.

Depuis l'arrivée des smartphones, cette attention a été quelque peu simplifiée. En fait, il s'est mis à tout prendre en photo.

Andrea Aggradi : Je crois qu'un jour, en observant mon téléphone, j'ai eu une illumination. Je me suis dit : « Mais oui, c'est ça ! » Le smartphone est devenu un outil essentiel dans ma vie à partir de l'année 2010, je crois. Avant ça, il m'arrivait de faire cinq ou six demi-tours d'affilée pour tout vérifier. C'était beaucoup plus préoccupant.

Pourtant, j'essayais de faire des gestes précis afin qu'ils restent ancrés dans ma mémoire – comme des pense-bêtes physiques. Par exemple, je tapais sur la porte pour me souvenir que je l'avais fermée, je passais ma main sous l'eau pour me rappeler que le robinet n'était pas ouvert, etc. Ça ne marchait pas trop et je remettais souvent en question ces gestes-là. Bon, après, je t'avoue qu'il m'est également arrivé de mettre en doute les photos sur mon smartphone.

Et que contrôles-tu précisément chez toi ?
Aujourd'hui, tout tourne autour de quatre éléments à contrôler à chaque fois que je sors de chez moi : le robinet de l'eau, le robinet du gaz, le cendrier et la porte. Il s'agit des quatre sujets qui reviennent quotidiennement.

Après, il y a aussi ce que l'on a appelé dans le cadre de cette exposition des « extras TOC ». Ces photos ont été prises dans des cadres un peu à part, comme quand je dois gérer la maison d'amis ou quand je pars en vacances. Dans un tel cas de figure, je prends absolument tout en photo.

Ça fait longtemps que tu souffres de TOC, au fait ?
Ça doit faire plus ou moins 15 ans que je souffre de ce TOC-là, lié au contrôle. À côté, j'en ai eu d'autres, que j'ai traités via des médicaments. J'avais la phobie de la contamination alimentaire par exemple. C'est un truc qui m'a fait perdre 10 kg. Bon, au final, c'était pas si mal, j'ai pu maigrir comme ça ! La technologie ne pouvait rien faire pour moi.

Consulter le site de l'association AFTOC

En savoir plus sur l'exposition

Source Vice