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Post de blog : Le rapport Laforcade salue la créativité en psychiatrie de secteur

le 14 décembre 2016

[Mediapart] Laforcade a pu sans évoquer nos blocages annoncer la donnée nouvelle essentielle, la place reconnue aux usagers, puis avec la levée de la censure sur le Rapport Demay la consolidation de la « Politique de Secteur », et malgré la confusion des idéologies qu’il reprend de l’Administration, il nous apporte une nouvelle fort utile

Saluons la lucidité et la pugnacité de Laforcade. Dans cette exploration vers les réalisations récentes accumulées par la psychiatrie, il donne ici la priorité aux acteurs de terrain que sont les usagers, les familles et les soignants, plutôt qu’aux données administratives !

Laforcade met en avant deux réalisations récentes du champ psychiatrique, de nature fort différente : les CATTP, créés par l’arrêté du 15 mars 1986, et les GEM, par une circulaire d’août 2005 grâce à la loi – Sociale- de 2005. Il sera essentiel de respecter leurs différences pour conserver leur pertinence et leur efficacité, et éclairer cette initiative.

Il est indispensable d’approfondir leur connaissance pour apprécier la pertinence de ce choix. Effort qui mérite d’être fait aussi sur l’ensemble du Rapport pour en éclairer les forces et les faiblesses avec précision, et ainsi faire un tri indispensable pour avancer. Chacun le fera !

Les CATTP, « Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel » (chaque mot a son sens précis et complémentaire, nécessaire pour en préciser la nature). Rappelons que cet arrêté présente les 12 ‘nouvelles’ structures de soin qui ont pu ainsi être homologuées par la Sécurité Sociale à partir de 1986, après la loi créant officiellement le Secteur en 1985. De plus il est le résultat d’une élaboration collective dense entre acteurs de terrain et Administration Centrale (JF Bauduret), 6 ans, de la Commission Demay à la CMM suivante (1981-1986).

Ce ‘Centre’ n’est pas situé dans l’hôpital, mais à proximité du domicile, donc dans le Secteur du malade. Son activité se déroule autour du souci de ‘l’Accueil’, essentiel à préciser car trop souvent ce A faisait croire qu’il était centré sur des activités. Ce mot accueil recentre toute la démarche moderne de la psychiatrie qui en premier, avant de soigner, veut prendre en compte l’étrangeté du vécu du malade, et lui permettre peu à peu de se familiariser avec ce que représente pour lui ‘être malade’, et avoir à se soigner, accueil initial qui va durer, et doit durer. Cet accueil n’est pas seulement ‘humain’, il est aussi à finalité ‘Thérapeutique’. Un soin dont la durée ne sera pas le temps plein, différence claire avec le temps plein hospitalier, mais un Temps Partiel, cad à des moments variables de la journée, non fixés comme dans un hôpital de jour, se répètant, donc discontinu, invitant au souci constant de la ‘continuité’ de l’ensemble. Au total c’était une grande nouveauté pour tous les soignants en 1986 ! Car le contenu de ce soin n’est pas dicté d’avance, il ne suit pas un protocole : il se construit peu à peu avec chaque malade, grâce à la « créativité » spontanée des membres de ce Centre. Cette créativité orientée par l’accueil et invitant le malade à s’inscrire dans une démarche de soin où il va être « accompagné » pour en découvrir les richesses et l’intérêt pour lui. Ce soin n’est pas centré sur les médicaments, ni par une modalité précise d’activité physique, il va naitre de l’effort d’écoute du soignant lui permettant d’installer d’abord la « confiance » dans le lien, puis la reconnaissance de chacun dans la richesse relationnelle de l’autre. Nous ne sommes pas du tout dans l’ambiance dense d’un soin serré par un protocole, d’une activité précise. Ici pas à pas le soignant va avoir à ‘inventer’, en fonction de chaque malade et de l’environnement, ce qui peut lui permettre de construire et de continuer ce lien. Ce travail pour les soignants ne peut se réaliser qu’avec l’appui et la vigilance mutuelle qu’apportent les temps de ‘réunions’ indispensables (réunions qui, soulignons-le, ne font partie d’aucune comptabilité gestionnaire !!!)

L’expérience a montré l’explosion de CREATIVITE que ce cadre permettait aux soignants de découvrir et d’utiliser ! grâce à cette liberté vécue dans la souplesse et la finesse, elle est efficace, tout en échappant à toute volonté d’évaluer chaque minute ce qui la ferait disparaître. L’expérience montre l’intérêt et la fidélité que leur portent les usagers.

Les CATTP ont été perçus dès 1968 comme « la PERLE DU SECTEUR ». Les voilà aujourd’hui officiellement reconnus, avec Laforcade ! Donnant aux acteurs du soin autant d’aisance et de liberté que nécessaire, et mettant en évidence leur capacité de base dans l’inventivité et la créativité, s’appuyant sur le souffle initial qui a décidé du choix du métier.

Les GEM sont apparus 20 ans plus tard, ‘dans un autre cadre que celui du soin’, par une circulaire suivant la loi de 1- 2005 sur les ‘Conséquences sociales des troubles psychiques graves’, loi dite maladroitement ‘sur les Handicaps’, au lieu de parler de « différences ». Ils ne sont pas nés d’une idée, ni d’une création ‘de l’Administration’, mais de la volonté collective des usagers et des familles de faire reconnaître les besoins complémentaires aux soins. Ce sont la FNAPSY, l’UNAFAM, associés à la Société des Croix Marine, qui ont travaillé pendant 3 ans avec le Ministère ‘des Affaires Sociales’ (JF Bauduret et Martine Barrès encore !) et ont défini ce terme : GEM. Ici encore le détail des mots seul permet de comprendre l’invention, sans pour autant nier ses origines prises dans l’expérience du soin comme du social « GROUPE D’ENTRAIDE MUTUELLE ».

Source Mediapart