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Post de blog : Les femmes présentant un trouble du spectre autistique (TSA) cachent des luttes internes complexes derrière un masque

le 15 décembre 2016

[AFFA] Gwen est une jeune femme créative et intelligente qui connaît la réussite en tant qu’artiste. Pourtant, quand elle était enfant, elle avait juste envie de s’isoler et de passer inaperçue. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle se sentait déjà différente des autres enfants, et elle fournissait beaucoup d’efforts en vue de camoufler certains aspects de sa personnalité en faisant semblant d’être « normale ». Elle n’a pas vécu une enfance heureuse, et l’adolescence a été une période encore plus difficile à traverser. Les relations avec ses pairs devenant de plus en plus complexes, elle a lutté pour s’adapter.

Gwen a reçu un traitement pour l’anxiété et la dépression quand elle avait la vingtaine. Et à mesure qu’on l’aidait à reconsidérer ses expériences et ses sentiments, elle s’est rendue compte qu’elle présentait peut-être bien un trouble du spectre de l’autisme. Un psychologue a validé son autodiagnostic et lui a remis un diagnostic officiel, et c’est à partir de ce moment-là que tout ce qu’elle avait vécu a pris son sens.
Elle a enfin compris pourquoi elle avait autant de mal à s’entendre avec ses pairs à l’école et au travail, et quand elle se sentait en surcharge sensorielle dans les magasins bondés et bruyants, elle savait désormais que cela fait partie de la sensibilité sensorielle caractéristique des TSA. Aujourd’hui, le fait de savoir qu’elle fait partie de la communauté autistique lui donne de la force, et elle est de plus en plus fière d’être ce qu’elle est : une jeune femme qui présente un trouble du spectre de l’autisme.

D’autres filles et femmes présentant un TSA se reconnaîtront dans l’histoire de Gwen : l’anxiété et le sentiment d’aliénation, le stress dû aux tentatives de s’intégrer et les relations sociales difficiles. À l’instar de Gwen, beaucoup de femmes présentant un TSA reçoivent un diagnostic tardif, tandis que d’autres reçoivent un mauvais diagnostic, ou pas de diagnostic du tout.
Nous avons voulu mieux comprendre les expériences des femmes présentant un TSA en vue de mieux les identifier pour les aider au plus tôt. Dans cette étude publiée au mois de juillet, nous avons défini les signes distinctifs des femmes présentant un TSA, qui incluent un risque élevé d’être victime d’agressions sexuelles, l‘épuisement dû aux efforts fournis pour se fondre dans la masse, et le fait d’être perpétuellement incomprise. Ces signes distinctifs nous ont permis de définir des mesures précises à prendre en vue de rendre la vie de ces femmes meilleure.

Langage littéral

La plupart des cliniciens (ndlt : la plupart des cliniciens anglo-saxons, en France on en est pas encore là…) et des membres de la communauté autistique s’accordent pour dire que les femmes présentant un TSA n’ont pas les mêmes caractéristiques que les hommes présentant un TSA. Mais aucune différence de genre significative n’apparaît quand on se base sur des résultats d’essais cliniques et des indicateurs. Ces différences de genre sont-elles vraiment insignifiantes, ou passons-nous à côté de ces différences en oubliant de poser les bonnes questions aux personnes concernées ?
Pour résoudre ce problème, nous avons adopté une approche peu conventionnelle qui consiste à porter une grande attention aux expériences des femmes présentant un TSA. Nous avons posé des questions sur leurs vies à 14 femmes présentant un TSA, dans l’espoir que leurs mots nous permettent de comprendre les manifestations subtiles de l’autisme chez les femmes que l’on ne voit pas dans les résultats des tests classiques. Le fait de comprendre ces caractéristiques devrait nous permettre de mieux aider les femmes présentant un TSA, dans l’espoir qu’elles n’aient plus le sentiment de devoir faire profil bas.
Notre étude porte sur les femmes ayant reçu un diagnostic de TSA à l’âge adulte. Nous avons déterminé qu’en comparaison aux filles diagnostiquées durant l’enfance, les expériences de ces femmes seraient susceptibles de nous aider à comprendre à quel point et pourquoi on ne se rend pas toujours compte que certaines femmes présentent un TSA. Nous espérions aussi que cela nous aiderait à évaluer les dommages provoqués par un diagnostic erroné.
Robyn Steward présente elle-même un TSA, et sa perspicacité nous a permis de créer les conditions favorables à l’expression des femmes participant à l’étude. Nous avons par exemple demandé à la personne qui menait les interviews de poser des questions littérales, tout particulièrement quand les questions portaient sur des sujets sensibles comme la consommation de drogues et le sexe, et que les participantes étaient tentées d’avoir recours à un langage abstrait et indirect.

Plans et aides visuelles
Nous avons fait en sorte qu’aucun stimulus sensoriel —bruits intenses ou lumières vives— susceptible de rendre les participantes agitées ne parasite la salle d’interview. Nous avons préparé les participantes en leur envoyant au préalable des plans et des photos de la salle d’interview.
Quand l’idée d’une conversation en face-à-face les mettait malgré tout mal à l’aise, nous leur proposions de faire une visioconférence à la place. Et pendant l’interview, nous leur proposions d’utiliser un chronomètre en guise d’aide visuelle, pour qu’elles sachent à quel moment elles devraient passer à la question suivante.
Les autres membres de l’équipe n’auraient pas pensé à adapter la salle d’interview, et nous sommes convaincus que cela a aidé les participantes à s’ouvrir et à parler ouvertement de certains aspects de leur vie. Nous disposons probablement d’une base de données plus riche que si nous nous étions retrouvés face à des femmes nerveuses et réticentes.
Nous avons encouragé les participantes à parler de sujets que nous n’avions pas prévu d’aborder, et nous avons eu recours à la technique de l’analyse du cadre, qui permet de classer automatiquement les données verbales pour recouper des thèmes communs dans les conversations.
Comme Gwen, la plupart des participantes ont eu des difficultés sur le plan émotionnel durant l’enfance et l’adolescence. Leurs médecins, professeurs et parents ont souvent pensé à tort que c’était juste de l’anxiété, de l’impolitesse, de la maladresse ou une dépression.
Beaucoup de participantes ont eu le sentiment que les médecins avaient ignoré ou pas tenu compte de leurs préoccupations. Beaucoup de professionnels avaient des idées reçues —voire surréalistes— sur l’autisme, ce qui ne les aidait pas. Par exemple, certains professionnels étaient apparemment convaincus que l’autisme touche très peu de femmes.
L’éducateur spécialisé d’une des participantes lui a dit qu’elle était « trop nulle en maths » pour être autiste. D’autres étaient convaincues qu’elles étaient incomprises car leurs professeurs et médecins n’avaient jamais entendu parler des caractéristiques des femmes présentant un TSA. La plupart d’entre elles ont affirmé que leur vie aurait été plus simple si elles avaient reçu un diagnostic de TSA plus tôt.

Incertitude sociale
Les résultats de notre recherche laissent penser que les professeurs et les cliniciens devraient savoir comment l’autisme se manifeste chez les femmes. Ils devraient savoir qu’une fille qui a une amie proche ou qui cherche à se faire des amis peut malgré tout présenter un TSA. Et ils devraient savoir qu’une forte anxiété couplée à des difficultés sur le plan social sont un signe potentiel d’autisme. Ces professionnels réduisent trop souvent les nombreuses difficultés de ces filles à de la « timidité ». Nous avons découvert un nombre élevé de témoignages d’agressions sexuelles, ce qui a choqué les deux membres neurotypiques de l’équipe, mais pas Robyn Steward. En tant que consultante en autisme, elle intervient dans des écoles, auprès des services sociaux et de compagnies de théâtre, et elle a déjà entendu un certain nombre d’histoires de filles et de femmes présentant un TSA abusées par des hommes.
Le motif des agressions sexuelles varie, mais toutes semblent être en lien avec les difficultés sociales typiques de l’autisme couplées à leur condition de femme.
Par exemple, l’une des participantes pense qu’elle a été agressée sexuellement car elle est « incapable de deviner qu’une personne est malsaine. » Une autre a dit qu’elle n’était pas sûre de pouvoir dire « non » aux demandes abusives de son partenaire à cause de son incertitude quant aux règles sociales. D’autres avaient le sentiment que durant leur adolescence, elles ne savaient pas qu’il existait des moyens de se protéger car elles n’avaient pas d’amies avec qui en parler.
Notre étude seule ne permet pas d’établir des statistiques sur la prévalence des agressions sexuelles chez les femmes présentant un TSA, mais les résultats de nos recherches mettent en avant un besoin de recherche dans le domaine de l’autisme au féminin. Et ils semblent clairement indiquer qu’il faudrait que les femmes présentant un TSA reçoivent une éducation sexuelle appropriée en mettant l’accent sur la notion de consentement et sur les différentes manières de rester en sécurité.

Traduit par Elodie Chatelais pour l'AFFA

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Source AFFA