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Radio : Conte de la folie ordinaire

le 26 octobre 2016

[France Culture] Avant, on parlait de malade ; le terme de patient n'est venu que dans les années 80. "De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou" : Michel Foucault. Alain Lewkowicz nous raconte une histoire psychiatrique à travers l’expérience de la famille Mandel, infirmiers psychiatriques à la retraite, dans le sud de la France.

« Il nous revient à tous de nous demander ce que nous faisons, ici et maintenant de nos fous, de nos semblables. La psychiatrie et le psychiatre ont, à cet endroit, une responsabilité majeure, la façon dont une société traite la folie étant, en effet, révélatrice de son dispositif politique. » Une vérité que nous laisse Michel Foucault qui mettait en lumière l’impasse asilaire. L’actualité lui a donné raison, émaillée, ces derniers mois, par une série de révélations sur les conditions « de liberté » des patients de plusieurs hôpitaux psychiatriques de France. On y dénonçait des pratiques inhumaines, moyenâgeuses, qui rappelaient une époque où le fou n’avait pas de place bien définie dans notre société. Société qui ne s’empressait pas de lui en trouver une.

Première partie : J’ai rejoint le couple Mandel à Trets, petites bourgade des Bouches-du-Rhône aux pieds de la montagne Sainte Victoire ainsi que Lulu, Vève, Robert et Albert, leurs amis et collègues de toujours, héritiers du célèbre critique de l’institution asilaire et fondateur du mouvement de la psychiatrie démocratique, Franco Basaglia. Ce médecin psychiatre Italien fit fermer, au début des années 1970, l’hôpital psychiatrique de Trieste. Tous se revendiquaient de ses communautés thérapeutiques dans lesquelles les droits des individus psychiatrisés étaient respectés. Grâce à lui, on parlait sectorisation et extra hospitalisation. Une révolution. Le fou était enfin, un sujet social. Ils sont tous les personnages de la bande dessinée intitulée « HP » de Lisa Mandel où ils racontent leurs expériences d’infirmiers psychiatrique des années 1960 aux années 1990. Ils « inventent le quotidien psychiatrique » au sein d’un système « rétrograde et carcéral, complètement agonisant » qui éclate sous la pression d’un regard neuf issus de la révolution qui vient de secouer le monde. 30 ans après, leur ils semblent avoir trouvé leurs héritiers. Enfin, presque….

« De l’asile d’aliénés fermé où l’on gardait les fous ; on passe à l’idée de traitements curatifs, on se préoccupe du bien-être des patients, et de la ré-humanisation de l’hôpital psychiatrique qui avant ressemblait vraiment à l’univers carcéral », expliquent-ils. Sauf qu’à bien des égards, leurs attitudes et leurs modes de fonctionnement passeraient aujourd’hui pour de la maltraitance caractérisée. Question d’époque ?

Deuxième partie : Centre Hospitalier Spécialisé de Valvert dans le 11ème arrondissement de Marseille. Comme tous les mercredis Agnès Benoldi prend son service à 6h00 dans le pavillon « La calanque » dans une équipe de psychiatrie générale polyvalente qui tente de travailler comme au temps des Mandel, comme dans les livres de leur fille Lisa, à contre-courant de la « psychiatrie exercée comme il le faut ». D’ailleurs, ici, tout le monde a lu « HP ». Tout le monde a également commenté les dernières révélations sur les conditions de prise en charge des patients dans certains établissements psychiatriques et qui ont défrayé la chronique. Coincée entre une institution gestionnaire et une envie d’élargir le débat sur la place du fou dans notre société, Agnès et ses collègues, orchestré par un médecin Basaglia bis, tente de faire de la psychiatrie autrement, collégialement, à travers des réunions hebdomadaires patients-infirmiers-médecin. « Mais pas comme ils le faisaient eux, les Vève, Robert, Albert et les autres, les personnages de HP, parce que… » Ah bon? Question d’époque ?

 

 

 

Source France Culture