Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Témoignage : Comment je suis devenu accro à la codéine, drogué du quotidien

Témoignage : Comment je suis devenu accro à la codéine, drogué du quotidien

le 30 novembre 2016

[Rue89] Je m’appelle Olivier, j’ai 29 ans, je suis un mec normal, un boulot, une famille, un chat. Et pourtant j’ai chuté. Je suis devenu accro à la codéine.  La codéine, on la retrouve dans de nombreux médicaments, en vente libre. Drogué du quotidien.

Suite à une période compliquée, rythmée d’incessants maux de tête, de crises d’angoisse à répétition, un pharmacien m’avait proposé, en 2009, une boîte de Prontalgine. Le seul médicament qui semblait soulager ces fichues migraines, puis petit à petit, le seul médicament qui pouvait m’apporter un certain bien-être : une caresse artificielle dans un monde où je ne trouvais plus de réconfort.

Ma consommation a augmenté, doucement, insidieusement. Sans m’en rendre compte, je passais de quatre à douze comprimés par jour. Parfois beaucoup plus, mais jamais moins.

Je connaissais les pharmacies par cœur, celles de garde, celles qui ouvrent le dimanche. Les pharmaciens m’adressaient de chaleureux sourire et des salutations gênantes dans la rue.

J’évitais soigneusement de remettre les pieds dans une échoppe deux fois d’affilées, j’achetais les boites par deux, puis par trois. Un départ en vacances ? Il me fallait faire cinq pharmacies pour me constituer un petit stock de cachets codéinés.

Il me fallait sortir de cet enfer

Mes proches n’ont jamais été au courant, ils voyaient bien qu’il m’arrivait souvent de prendre un comprimé ou deux, mais la plupart du temps, je le faisais discrètement.

J’avais l’impression d’être en pleine possession de mes moyens. Boosté par le trop plein de caféine que contenait ce remède, je pouvais me coucher très tard sans pour autant être trop fatigué le lendemain.

Un jour, tout s’est cassé la gueule.

Le 25 décembre dernier, je me suis retrouvé à court. Pour la première fois depuis six ans, j’allais passer une journée sans codéine. Premier sevrage involontaire. Ce fut l’horreur totale, je transpirais, j’étais déprimé. Mes jambes bougeaient sans arrêt, j’étais violent dans mes réactions. Couché à 19 heures, réveillé à midi le lendemain.

Je réalisais seulement à ce moment là que j’avais un problème avec la codéine. Un problème tout court. Il me fallait sortir de cet enfer. Enfer plutôt coûteux pour ma santé, pour mon portefeuille (une centaine d’euros par mois), pour mon rapport aux autres...

J’ai rencontré trois médecins généralistes : les trois ont dédramatisé mon problème, et à part un anti-dépresseur, aucun n’a jugé nécessaire de m’aider : « Si ça calme vos maux de tête, avec ces doses, vous n’allez pas mourir. »

Je venais pourtant de lire des centaines de messages sur tout un tas de forums spécialisés : j’avais un sérieux problème d’addiction.

J’étais honteux mais le médecin ne m’a pas jugé

Les médecins généralistes ne voulaient pas m’aider ? De mon propre chef, j’ai franchi la porte d’un centre d’addictologie. Ce fut violent. A mes côtés dans la salle d’attente un foule d’écorchés, de drogués.

Je savais que la tâche serait difficile. Mais la « thérapie » s’est faite en douceur. Des rendez-vous pour parler de tout ça, de la consommation, à essayer de comprendre le « pourquoi » avec pour un aide, un médecin addictologue compétent.

J’ai commencé par une petite diminution, lente, étalée sur deux mois entiers. J’ai tenu bon, j’étais progressivement à trois ou quatre comprimés en quelques semaines, mais au mois de mars j’ai trébuché : j’étais honteux, mais le médecin ne m’a pas jugé. Au contraire, pour lui c’était plutôt normal.

S’en est suivi un premier rendez-vous avec une psychologue du service addictologie, puis un deuxième, puis un troisième. J’ai attendu le quatrième rendez-vous pour en sentir les bénéfices : petit à petit, je comprenais pourquoi j’en étais arrivé là.

Une souffrance professionnelle, des problèmes relationnels et un fait marquant (ma compagne, enceinte, a fait une fausse couche) étaient le point de départ de tout ça.

J’ai énormément parlé entre février et mai. Les analyses et les scanners me l’ont confirmé : mes maux de tête n’avaient aucune cause biologique. « Peut-être que c’est vous... », m’a un jour suggéré un médecin. Ce fameux mal de tête qui me bouffait la vie, mon cerveau l’avait inventé.

Source Rue89