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Témoignage : Le fils d'un sobre, le jour où j'ai accompagné mon père à une réunion des alcooliques anonymes

le 29 août 2017

Comment j'ai appris à accepter l'alcoolisme de mon paternel et à ne plus m'en faire.

Il y a sept ans de ça, juste après avoir fêté ma majorité, mon père m'a annoncé qu'il faisait partie d'un groupe des alcooliques anonymes, et ce depuis six ans – ce dont je n'avais aucune idée. Je savais simplement que mon père était incapable de ne boire qu'un verre, et qu'il changeait radicalement de comportement lorsqu'il avalait une seconde pinte. Ma relation avec lui était quelque peu distendue – d'autant plus que je m'étais rendu compte qu'il buvait trop au moment de son divorce d'avec ma mère. Ça m'avait rendu triste, en colère. Lorsqu'il buvait, je devais m'occuper de lui, et je ne le supportais pas.

Le jour où il m'a parlé de son groupe d'alcooliques anonymes, il m'a immédiatement proposé de l'accompagner. Je ne savais pas grand-chose sur le fonctionnement d'un tel groupe, hormis ce que j'avais vu dans les films, à savoir une ribambelle de types assis sur des chaises en cercle, qui se présentaient toujours en disant : « Salut, je m'appelle X, et je suis alcoolique. » J'étais également conscient des critiques entourant l'organisation, de son côté presque mystique, voire sectaire, et de l'absence d'ancrage scientifique au niveau du traitement. Curieux – et un peu ému par la vulnérabilité de mon père – j'ai accepté de l'accompagner.

Cette réunion a eu lieu un jour d'été, alors que le soleil était écrasant. J'étais dans la voiture avec mon père, quelque part dans la banlieue d'une grande ville suédoise. Je me suis rapidement senti assez nerveux et inquiet quant à l'accueil que j'allais recevoir. Je me demandais également ce qu'il allait en être de ma capacité à entendre des histoires souvent très dures. De plus, je m'inquiétais de l'effet que pourrait avoir ma présence. Les gens allaient-ils se confier de la même manière alors que j'étais là ? Mon père a tenu à me rassurer en me disant qu'il avait prévenu l'ensemble du groupe.

Mon père s'est garé devant un immeuble quelconque, appartenant à l'Église suédoise, et qui accueille le groupe quelques jours par mois. Dans la pièce accueillant la réunion, 15 chaises avaient été placées en cercle. Nous étions en avance. Un type, en charge de la réunion, nous a accueillis. Son visage affable était agrémenté d'un accent on ne peut plus américain. « Ton père nous a tout raconté sur tout, et tu as de la chance de l'avoir. Il a un cœur gros comme ça, et il a aidé tout un tas de gens ici. Je suis ravi que tu sois là ! » C'était tellement sympa que je n'ai pas su quoi répondre.

De nouvelles personnes ont fait leur apparition – la plupart étaient des hommes, âgés de 30 à 50 ans. Tout juste majeur, je me sentais tel un enfant. Rapidement, nous avons pris place sur les chaises. Le type qui m'avait chaleureusement accueilli quelques minutes auparavant a pris la parole.

« Salut, je m'appelle David*, et je suis alcoolique. »

« Salut David », a répondu l'intégralité du groupe – sauf moi. C'était comme dans les films.

David a souhaité la bienvenue aux présents, et m'a présenté comme étant le fils d'Andres*. J'étais le seul proche d'un alcoolique à avoir fait le déplacement, et j'étais bien trop stressé pour pouvoir m'exprimer. Observer me convenait parfaitement, tant j'étais incapable de me confier devant des inconnus.

Source Vice