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Témoignage : Lire m'a sauvé la vie

le 14 septembre 2017

Héloïse, 24 ans, a sombré dans une forte dépression. Les psychiatres, réunis en congrès jusqu'à vendredi à Paris, constatent une certaine fragilité à cet âge.

«Tout va bien dans votre vie ?» Mi-janvier, la kinésithérapeute, perplexe, sonde Héloïse. Sa nuque est tellement bloquée qu'elle peut à peine la toucher. «Préservez-vous», insiste-t-elle. Mais non, la jeune fille de 24 ans, tourbillon joyeux, au regard solaire, va bien. Comme toujours. Sa vie est belle, sa nouvelle relation amoureuse idyllique et cette intellectuelle, fraîchement diplômée, vient d'être choisie comme enquêtrice d'un documentaire. Elle y mettra toutes ses forces. Pourtant, Héloïse va vivre une terrible dépression.

Ce problème de santé publique touche de plus en plus de jeunes. Il a été abordé lors du 8e congrès mondial de psychothérapie, qui a fermé ses portes vendredi à Paris. Deux semaines plus tard, la jeune fille sent sa gorge se serrer brutalement. Impossible de respirer. Elle se réfugie dans les toilettes, submergée par une crise de larmes sans fin. «Je perdais le contrôle de moi-même. Sans comprendre pourquoi», confie-t-elle. L'après-midi, dans sa chambre à Boulogne, une nouvelle crise de panique surgit, encore plus forte. Les pensées les plus noires l'envahissent, sans filtre. Prostrée, elle comprend que quelque chose de grave lui arrive. Peut-être que sa volonté absolue de contrôle et son rythme acharné, depuis les classes préparatoires, en sont à l'origine.

Des jours entiers à fixer le plafond

«Aujourd'hui, je n'ai toujours pas vraiment l'explication », dit-elle. Un psychiatre, consulté, diagnostique un «burn-out». «Impossible, j'adore mon métier», rétorque-t-elle. «Alors, appelez-ça une dépression. Mais vous allez devoir arrêter de travailler», tranche le spécialiste. Quelques jours plus tard, elle n'arrive plus à écrire en anglais. C'est l'étape que les psychiatres nomment la «déréalisation», le sentiment de ne plus être présent au monde : «J'étais là sans être là.»
Son médecin comprend que la dépression s'est installée. Héloïse a des migraines, des fourmillements dans les membres. Ce sont les signes. Un traitement et un arrêt de travail s'imposent, «sinon, il faudra vous hospitaliser dans une semaine», lui prédit le spécialiste. Les jours passent. Tout lui paraît insurmontable. Héloïse n'arrive plus à manger, à dormir, à marcher, à penser. Elle, qui lisait jusqu'à trois livres par semaine, fixe le plafond des jours entiers, obsédée par ses pensées : «J'étais comme un petit oiseau fragile qu'une force inconnue persécute en lui broyant les méninges.» Elle ira quatre fois aux urgences. A bout de force, le suicide lui semble la seule échappatoire. Il faut ajouter des anxiolytiques aux antidépresseurs.

Fin mars, l'esprit enfin un peu plus clair, elle parvient à ouvrir un roman : «Rester en vie», de Matt Haig. Un choc. Elle l'emmène partout. Suivent «Rien de grave», de Justine Lévy, «la Vie devant soi», de Romain Gary, et «l'Insoutenable Légèreté de l'être», de Kundera. Elle parvient à quitter sa chambre. Et passe ses journées sur la pelouse d'un parc, sa chienne Bonnie à ses pieds, à lire, boulimique, jusqu'à deux livres par jour. «Lire m'a sauvé la vie», constate la jeune femme, qui voyage, s'évade, commence à guérir. Elle se couche en pensant à son prochain chapitre du lendemain. Il y a quelques jours, elle a même dévoilé son nouveau blog littéraire, Peanut Booker, très apprécié des éditeurs, où elle raconte le pouvoir magique des mots sur les maux. «Je veux montrer à ceux qui souffrent qu'il existe une solution. La littérature recolore le quotidien.»

Découvrir le blog d’Héloïse : Peanut Booker

Source Le Parisien