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Témoignage : Lise, bipolaire, "Les autres ne peuvent pas soupçonner ma face cachée"

le 25 janvier 2017

[L'Express] Lise, co-fondatrice du site Tendances de Mode, a souffert d'anorexie avant d'être diagnostiquée bipolaire en 2010. Aujourd'hui, à 32 ans et après plusieurs traitements, elle mesure le chemin parcouru.

J'ai vécu mon enfance dans une sorte de maison enchantée. Avec mes cinq soeurs et mon frère -je suis la quatrième-, nous formions une grande fratrie. Mon père était kiné, ma mère prof d'Histoire, puis elle s'est arrêtée de travailler pour nous élever. Nous vivions dans un petit village du Nord-Pas-de-Calais. J'étais une enfant pleine de vie et d'imagination. Nous étions très libres, un peu coupés du monde. Notre grand-père paternel vivait avec nous. Il dégageait une force tranquille qui m'apaisait. 

Quand il est décédé, à 92 ans, j'avais 11 ans. Du jour au lendemain, toutes les forces de la maison ont été chamboulées. Mon père est devenu le chef de famille, mais ça n'était pas la même chose. Au collège, ça se passait moyen. J'étais vue comme une enfant turbulente, dissipée. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait des règles. Je ne travaillais pas. 

A 14 ans, en troisième, je suis sortie avec mon premier petit ami: Julien [son futur mari]. J'étais très amoureuse, mais on s'est séparés à la fin de l'année scolaire: je ne le trouvais pas assez entreprenant. En seconde, je suis partie en pension à Lille, dans un lycée qui proposait des cours de théâtre. Là, je suis tombée amoureuse d'un surveillant, Thomas*. A la fin de l'été, il m'a quittée pour quelqu'un d'autre. Cette rupture m'a brisée. Peu à peu, je me suis mise à manger moins. Je me disais: "Il ne t'a pas aimée, toi, donc maintenant il faut que tu deviennes quelqu'un d'autre." J'ai fait trois lycées en quatre ans. Je sortais avec plein de mecs mais je ne ressentais plus rien. Je me sentais extérieure à mon propre corps. 

En terminale, je suis devenue hyper anorexique. Je travaillais à fond, ça allait avec mon nouveau désir de perfection. J'avais des super notes. J'ai décroché mon Bac L, option théâtre, avec la mention Bien. 

Avant d'entamer des études de droit -je souhaitais devenir commissaire-priseur-, je suis partie seule en vacances en Égypte avec mon père. Au cours de ce séjour, trois personnes sont spontanément venues me voir pour me parler de ma maladie. Ca m'a permis de mieux prendre conscience de ce qui m'arrivait. Ces vacances très douces constituent un moment charnière dans ma vie: j'avais mon père pour moi toute seule, à mon écoute, et la nourriture m'était servie dans un cadre nouveau, différent, agréable.

A mon retour, j'ai réintroduit plein de choses dans mon alimentation. J'ai fait deux mois de droit, puis j'ai réalisé que j'avais plutôt envie de faire de la mode. J'ai intégré Esmod à Roubaix, mais les cours ne m'intéressaient pas. Seule la troisième année d'école, centrée sur les costumes de scène, à Paris, m'a intéressée, mais je n'allais en cours qu'un jour sur deux. La moitié du temps, j'avais l'impression que je n'étais pas montrable. J'ai eu mon diplôme -ça n'était pas très dur- puis je suis partie aux Etats-Unis, à Philadelphie, en tant que jeune fille au pair, pour améliorer mon anglais. J'étais dans une famille francophone, en banlieue. Si j'avais été en France ça aurait été pareil, sauf que là, il y avait plus de bouffe. Je suis devenue boulimique. J'ai pris 15kg en six mois.  

A mon retour, je ne rentrais plus dans mes fringues. Or j'avais besoin d'un boulot. Je me suis donné six mois pour retrouver un corps qui me permettrait de me sentir à nouveau montrable. Je me suis lancée dans un régime super strict, mais comme je n'étais plus anorexique, tous les trois jours, je craquais, m'enfonçant dans un cercle vicieux. J'ai quand même perdu du poids car je faisais beaucoup de sport. Au bout de six mois, je m'étais délestée de 12kg. Je me trouvais toujours moche, mais je pouvais chercher un boulot.

J'ai décroché un entretien à Lyon, chez Z, l'enseigne pour enfants. Au même moment, Julien m'a appelée. Il habitait Paris. On s'est revus et on est retombés amoureux. J'ai eu le poste, mais Julien préférait que je m'installe avec lui à Paris. J'ai accepté. J'avais 23 ans. Au bout de six mois, il m'a demandé de l'épouser. On s'est mariés, puis on a décidé de créer une marque de fringues pour enfants, Les petits zigotos. On s'est installés à Honfleur.

Source L'Express