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Témoignage : "Merci de nous avoir aidés à retrouver Laure perdue dans Paris"

le 8 septembre 2016

[L'Obs] Laure, la soeur d'Anne Crignon, a disparu le dimanche 14 août. Elle est "majeure protégée". Elle a finalement été retrouvée dans un train pour la Bretagne. Très fatiguée. Mais tout allait bien. Pour Anne Crignon, l’histoire de la recherche de soeur offre une occasion de réviser les clichés, réajuster nos jugements.

Le dimanche 14 août à 18 h 30, ma soeur Laure a disparu. Laure est une "majeure protégée". Elle vit à Quimper, sur la pointe de la Bretagne, entre l’hôpital psychiatrique et son petit appartement avec vue sur l’Odet. Laure était venue passer le week-end du 15 août à Paris. Ce dimanche-là, nous étions sous la tour Eiffel. Une alerte au colis suspect a provoqué un mouvement de foule qui nous a séparées. Je l’ai cherchée partout. A la tombée du jour, je me suis assise sous un arbre et j’ai réalisé : j’avais perdu ma sœur. Il ferait nuit bientôt, elle était sans argent, sans téléphone, incapable de retrouver son chemin.

Ce soir-là, la police du VIIème -où est la tour Eiffel- patrouillait déjà dans le quartier. Un policier m’a rappelée à 3 heures et s’est montré rassurant dans le grand silence d’une première nuit d’attente. Bien sur, ça peut prendre du temps mais en principe on les retrouve, m’a-t-il dit. Cette même nuit, un policier du commissariat de mon arrondissement (XXème) rédigeait le procès-verbal avec ce qu’il faut de délicatesse pour rendre moins pénible la séance de questions et réponses nécessaire au lancement des recherches.

Disparition inquiétante

Le lendemain, le sac à main de Laure et ses chaussures étaient rapportées au commissariat du XVème arrondissement par un SDF roumain parlant mal le français. Laure avait dû marcher tout droit le long de la Seine, s’arrêter pour dormir, un banc peut-être, et perdre son sac ou se le faire voler. Entre temps dans la nuit, la PJ avait déployé le dispositif "Disparition inquiétante" et diffusé son signalement : 45 ans, facilement repérable avec son mètre 81 et sa carrure imposante, longs cheveux châtains-blond ramassés en chignon, les mains couvertes de bagues, les yeux verts et la voix grave. Bien sur, il y a eu ces derniers temps  des violences policières mais ce que j’ai vu de la police au cours de cette semaine sans Laure, c’est sa fraternité, cette valeur minorée du triptyque républicain. Dans les commissariats (de l’antenne de Balard à celle du Marais, où un balayeur de la ville de Paris a déclaré avoir vu Laure sur un banc et lui avoir parlé) et dans les rues, quand tard le soir nous faisons les quais pour chercher Laure parmi les sans-abris, nous avons eu affaire à des policiers attentifs et chaleureux.

Nous espérions que Laure avait rencontré des SDF et restait avec eux. C’était l’hypothèse la plus rassurante et c’était vraisemblable. Il y a dans la rue beaucoup de gens comme elle, titulaires d’une Allocation Adulte Handicapé (AAH) en raison d’un handicap qui rend la vie sociale aléatoire. A Paris, certains d’entre vivent dans le métro,  on en voit parfois un qui soliloque sur un quai. On se détourne par gêne, surtout par ignorance.

Laurent est arrivé au quatrième jour de la disparition de Laure, quand les réseaux sociaux relayaient  massivement son avis de recherche. Laurent est un SDF de Saint-Lazare, souvent assis sur des chaises fixées sous l’escalator au niveau -2 près de chez PAUL et de la Croissanterie. Une camarade qui passe chaque jour là bas lui a parlé de Laure. Il a immédiatement proposé son aide, en parfait connaisseur du milieu SDF parisien. Le soir même, place des Fêtes, à deux pas du centre d’hébergement de l’Armée du Salut où il dort depuis mars, nous faisions connaissance avec un homme robuste de 62 ans, le regard clair et la parole d’honneur. Il portait un polo marine à manches longues trouvée du "vestiaire" , là où vont les pauvres pour se vêtir.

Source L'Obs