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Témoignage : "Pas de panique, je suis psychotique"

le 2 novembre 2016

[Blog Comme des Fous] Je m’appelle Alain, j’ai 35 ans. Je suis travailleur pair dans une équipe mobile de psychiatrie pour des personnes sans abri, vivant avec des troubles de santé mentale, ici à Marseille, France. Ce qui signifie que je vis avec de graves troubles de santé mentale décrits par les médecins comme : une personnalité maniaco-dépressive ou désordonnée (ça dépend du spécialiste ! toute une affaire pour comprendre !), avec en guise de comorbidités, des troubles border-line, addictifs et un déficit de l’attention…

Mon travail est en partie d’organiser des groupes d’auto support, et de réfléchir à la construction d’une formation universitaire sur les « pratiques orientées rétablissement » (concernant globalement le médico-social, le sans-abrisme, l’empowerment et les problématiques d’addiction par exemple), avec un groupe composé de pairs, de chercheurs, de docteurs, de professeurs et de militants ! Nous avons démarré cette année et la première promotion d’étudiants est en train de finir !). J’ai travaillé sur un programme “Housing First de janvier 2012 à mars 2014 et depuis sur ce poste à Marseille)

Mon problème, c’est la communication, à cause des émotions dans mon corps, à cause de moi, de mes gènes, de mon histoire personnelle? (impossible à décrire en quelques lignes sans tomber dans le pathos…). Mes émotions sont si intenses, qu’elles prennent le contrôle, et spécifiquement la colère. Laissez-moi vous expliquer ce qui me met particulièrement en colère, ce qui me met vraiment en colère : c’est à cause des principes !!! du respect de l’attitude orientée rétablissement. Ça me met vraiment en colère. Je pourrais faire une liste de situations et sensations mais je ne pense pas que cela soit nécessaire. Et oh oui, j’ai oublié de vous dire, je suis paranoïaque…

En fait, cela signifie, et je le réalise aujourd’hui, que je vis dans une peur perpétuelle, un très haut degré de conscience, d’acuité dans certaines situations. Cela déclenche des rafales de pensées qui me font me sentir mal, qui peuvent me replonger dans des situations que j’ai eu à vivre (des traumatismes), le plus souvent sans que je m’en aperçoive. Je ne suis pas du genre à me taire, même si je dois dire que je crains le manque de témérité et de courage ! Et je peux dire que je suis du style à ne pas avoir peur d’argumenter, mais verbalement !!! J’ai en partie déconstruit le phénomène paranoïaque, je pourrais prendre le temps de faire un témoignage mais d’autres le font très bien, comme Peter Bullimore, en Angleterre, et le réseau des paranoïaques « paranoïa network », qui aident merveilleusement bien les gens.

J’ai participé à deux jours de formation sur la communication avec mon équipe. Le message a été : si sur le moment, tu mets de côté la question de la psychose, le travail que tout le monde a à faire pour avoir une bonne communication , est le même : c’est un travail de « recentrage » pour mettre ton centre à une meilleur place et être capable d’avoir une meilleure connexion avec l’autre. Le problème de la communication est central, pour chaque organisation. Une autre règle : la posture physique dans la communication est le premier message…Tout le monde a à travailler ça.

J’ai réalisé que quand j’argumente, les gens reçoivent une forte attaque et cela ne vient pas seulement du son. La manière dont ils ressentent les choses dépend aussi de leur style, leur histoire, leur genre. Si par exemple, ils se sentent agressés et qu’ils sont du style à répondre, ils me parlent de manière agressive…et c’est le début d’un conflit…

Je reconnais, que la déconstruction de ce phénomène, le mouvement perpétuel de compréhension et de ressentis sur moi-même, a un effet sur de nombreuses zones rouges (processus de rétablissement). C’est ce que je traverse actuellement…le risque calculé…

Je suis un travailleur pair car pendant 10 ans, j’ai été très souvent hospitalisé en psychiatrie, sur demande de ma famille, sans mon accord et sans voir un juge ou quoi que ce soit d’autre. Parfois pendant un mois et demi… la loi était comme ça (c’était comme ça, et pas autrement ?) J’étais comme ça, un patient hospitalisé, maniaque et paranoïaque, parce que, c’est dommage, mais il n’y a pas d’autres lieux en France pour les gens comme moi.

Source Blog Comme des Fous