Vous êtes dans : Accueil > Actualités > Paroles de... > Témoignage : Philippe, soigné soignant

Témoignage : Philippe, soigné soignant

le 10 novembre 2017

Philippe n’a jamais été comme les autres. Après avoir été malade parmi les sains, il a travaillé quatre ans comme médiateur de santé / pair en milieu psychiatrique. Ancien patient parmi les médecins, il a tenté de trouver sa place sans se perdre lui-même.

« Le plus dur, c’était d’aller voir les patients en chambre d’isolement. Quand la porte se refermait, ce n’est pas la personne qui me faisait peur. » Le grincement métallique des gongs, le verrou qu’on tire, l’écho des pensées qui se fracassent sans fin ; ces longues heures, Philippe Brun, attablé au-dessus d’un diabolo fraise, les connaît bien. Le regard noir velours s’enfuit mais la parole complète : « Je suis moi-même allé dans des chambres que l’on fermait derrière moi la nuit, alors ça me rappelait tout ça, forcément. Je me suis reconnu dans l’identité de “patient psychiatrique”, mais pas dans les symptômes ou les maladies précises que je pouvais croiser… Je me suis reconnu dans l’expérience des murs, des cloisons. Les cloisons mentales, chimiques, architecturales. C’est étrange d’avoir connu ça et de se dire que les autres soignants ne l’ont pas connu… »

Le chaînon manquant

De 2012 à 2016, Philippe, 35 ans et une douzaine d’hospitalisations psychiatriques au CV, a été médiateur de santé / pair (MSP) en santé mentale. Une expérimentation lancée en 2012 en France, avec une unique promotion de 29. L’idée : faire entrer des anciens patients de la psychiatrie dans les équipes de soins, et ainsi améliorer l’accompagnement grâce à leur vécu. Pendant quatre ans, le brun aux allures de nounours a donc retourné sa veste de malade pour enfiler celle de soignant. Un costume sur-mesure, ni vraiment patient, ni vraiment professionnel de santé. « J’étais réellement au milieu du gué. Je voulais tirer les gens les uns vers les autres, notamment les malades qui restent dans leur coin. Après, je n’ai jamais voulu les forcer : ceux qui veulent s’ouvrir vers l’autre rive le feront. Et côté médecins, il y en a qui travaillent dans ce sens depuis des années, je n’ai pas la prétention de dire que mon arrivée a tout révolutionné… À mon niveau, j’ai essayé de contribuer au sujet et je continue à en parler énormément autour de moi. » 

Source Sans_A