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Témoignage : "Schizophrène et autiste : acceptez-moi comme je suis"

le 24 novembre 2016

[La République 77] À 30 ans, il sort son livre témoignage. "Je suis schizophrène, et après ?" raconte l'histoire de Morgan Farmy, un Cessonnais schizophrène handicapé.

Morgan Farmy est « un handicapé à vie », comme il dit. « Voilà ce que je suis : schizophrène, autiste, efféminé, homosexuel, chômeur, pensionné, en gros retard scolaire et en situation d’échec professionnel », écrit-il. Ce jeune homme de Cesson qui a néanmoins réussi à apprivoiser son handicap mental et publie un témoignage troublant sur son parcours. « Je suis schizophrène, et après ? » est publié aux éditions Lirevie. Interview.

Qui êtes-vous, Morgan Farmy ?

Je suis handicapé mental depuis ma naissance. Ca partait déjà mal pour moi. J’ai failli mourir d’une gastro-entérite à la maternité. Toute ma vie, j’ai été rejeté par les autres, à l’école, au sein de ma famille, lors de mes stages professionnels. Je n’ai pas suivi de scolarité dans un établissement spécialisé car les psychiatres se sont rendu compte tard de ma schizophrénie. C’était en 2009, j’avais 23 ans. Depuis, je n’accepte pas ma maladie. J’ai envie d’être normal, comme tout le monde. Malgré mes efforts, je reste à la marge.

Quel souvenir gardez-vous de votre enfance ?

Je ne garde pas beaucoup de bons souvenirs de mon enfance. Lorsque j’étais petit, les années en Afrique m’ont traumatisé. Je me faisais taper par mes tantes, mes oncles, ma grand-mère. Cette maltraitance a commencé à l’école primaire. Je me sentais de trop. Mes seules joies remontent à l’époque de la maternelle. J’étais dans une école d’Epinay-sous-Sénart (91).

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

C’est un moyen pour moi d’être reconnu. Je me suis senti rejeté durant toute ma vie. Ce livre, c’est ma manière d’exister. J’existe quand vous lisez ces lignes alors qu’avant, je n’étais rien. Et puis, il faut reconnaître que les ventes me permettront aussi de compléter mes revenus. J’ai du mal à trouver un emploi et je vis aujourd’hui de l’allocation pour les handicapés qui s’élève à 808 euros. Je ne parviens pas à m’insérer dans le monde du travail. Et, en même temps, je n’aime pas être inactif. La seule solution pour moi, c’était d’écrire un livre.

Pourquoi avez-vous choisi de le faire écrire ?

Je ne me suis pas senti capable de le faire moi-même. Alors, j’ai recherché un écrivain public sur internet. Je suis tombé sur Francis Lombard et je l’ai tout de suite appelé. Il est venu chez moi plusieurs fois. Je lui ai raconté toute ma vie. Je me suis tout de suite senti bien avec lui. C’est quelqu’un de génial. Il a été touché par mon histoire et a accepté de m’aider à écrire mon témoignage. De découvrir aujourd’hui le résultat final, ça me fait du bien.

Comment voyez-vous votre avenir aujourd’hui ?

Je le vois de manière positive. Au début, j’étais négatif mais j’ai compris qu’il fallait que je change si je voulais avancer. J’aimerais travailler dans un milieu protégé et spécialisé pour les personnes handicapées, en ESAT (Établissement et service d’aide par le travail, ndlr). J’aime bien le contact avec les gens. Travailler en tant qu’agent d’accueil m’irait bien. J’aime aussi faire le ménage. Mon rêve serait d’habiter à Cannes, je trouve cette ville magnifique. En plus, il y a la mer…

Est-ce que votre famille a lu votre livre ?

Mon père l’a lu et l’a trouvé très bien. Il m’encourage beaucoup. Ma mère ne l’a pas encore ouvert. Je lui donnerai mais je ne m’attends pas à une réaction.

Pourquoi, selon vous, les lecteurs doivent-ils lire votre livre ?

Mon histoire peut les toucher et les aider à voir les handicapés autrement.

Source La République 77