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Témoignage : Valérie, 71 ans "La bipolarité de mon fils m'éloigne de lui"

le 6 octobre 2017

A 43 ans Thomas, le fils de Valérie, est atteint de troubles bipolaires. Une révélation survenue sur le tard et qui bouleverse leur vie de famille. Elle nous explique comment elle parvient, au quotidien, à gérer une relation parfois compliquée. 

"Mon fils Thomas est atteint de troubles bipolaires. Il a été diagnostiqué à 31 ans mais a toujours été le plus angoissé, le plus nerveux de mes quatre enfants. Je le prenais comme il était, sans me poser plus de question que ça. Je me disais qu'il avait simplement une personnalité à part, plus délicate à gérer que celle de ses frères et soeurs.  

"Son moral baissait, son corps lâchait"

A l'adolescence, Thomas a commencé à prendre de la drogue, du cannabis notamment. Son parcours scolaire a été particulièrement sinueux: il a mis trois ans à passer son bac, est entré dans une école d'ingénieur qu'il a très rapidement abandonné. Finalement, il s'est inscrit dans une école de commerce. Contre toute attente, il s'y est plu. A 25 ans, ses études terminées, Thomas est devenu commercial dans le milieu du vin. Il en vendait bien sur, mais il en consommait surtout beaucoup. 

Son chef était connu pour être insupportable, pour mettre une pression folle sur ses équipes. Petit à petit, son moral baissait, son corps lâchait. Un véritable calvaire. Thomas a tenu 18 mois avant de quitter ce poste. Il a vu un médecin et ce dernier a été très clair: il était en dépression. De mon côté, j'imaginais qu'il s'agissait d'une déprime consécutive à l'épuisement, un burn-out comme on dit aujourd'hui. 

Un diagnostic sans appel

Thomas a rapidement cherché un nouvel emploi. Sans succès. Il buvait de plus en plus. Il a même fait une pancréatite, c'est-à-dire une inflammation du pancréas. Il est tombé dans le coma pendant plusieurs semaines et a failli mourir. Paradoxalement, le fait d'avoir frôlé la mort lui a permis d'avoir un véritable sursaut.  

Il s'est relancé dans des recherches d'emploi avec enthousiasme. Malheureusement, ses vieux démons ont vite repris le dessus. L'alcool et la drogue faisait partie de son quotidien. Il a fini par aller voir un psychiatre qui a mis fin à cette errance en posant un diagnostic sans appel: Thomas était atteint de troubles bipolaires. Cette maladie conduit à des fluctuations d'humeurs, une alternance de période de dépression et d'autres phases "maniaques" d'excitation intense.  

"Il peut y avoir une fragilité psychologique héréditaire"

A 31 ans, Thomas pouvait enfin mettre des mots sur son mal. Il est sorti de ce rendez-vous très enthousiaste, heureux d'avoir enfin été compris. Mon fils voit d'ailleurs toujours ce médecin qu'il considère comme un ami. C'est un point de référence essentiel pour lui, peut-être aussi parce que son père est décédé quand il avait 11 ans.  

A l'aune du diagnostic posé par le psychiatre, j'ai d'ailleurs reconsidéré toute notre trajectoire familiale. A l'époque, on ne parlait pas des maladies mentales, c'était tabou, mais je pense que mon mari, lui aussi, était victime de troubles bipolaires. Il s'est suicidé. Ses soeurs ont toujours été sur la brèche de la dépression. Je suis sociologue et j'ai travaillé sur la santé mentale. Je sais qu'il peut y avoir une fragilité psychologique héréditaire. Toutes les familles ne sont pas égales face à cette possibilité. Reste qu'il est très difficile au quotidien de démêler ce qui est de l'ordre d'un caractère difficile et ce qui relève de la maladie. 

Source L'Express