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Canada : Danser pour montrer le visage humain de la maladie mentale

le 17 novembre 2016

[Acadie Nouvelle] En créant la pièce Les mêmes yeux que toi, l’interprète et chorégraphe Anne Plamondon a voulu révéler le visage humain derrière la maladie mentale. Entre la grâce, la force et la fragilité, tout peut chavirer. Anne Plamondon s’est inspirée de sa propre expérience pour imaginer son spectacle solo, Les mêmes yeux que toi, créé à la mémoire de son père qui était atteint de schizophrénie paranoïde.

«Pour moi, c’était très important de faire un portrait qui était juste, sensible et qui nous fait voir l’humain derrière la maladie et non pas juste la maladie, parce que c’est souvent ça qu’on oublie dans la société, quand on voit quelqu’un qui agit bizarrement dans la rue. Des fois, ces gens-là peuvent faire peur parce qu’ils peuvent être imprévisibles, mais en même temps, il y a un humain derrière la maladie», a mentionné Anne Plamondon qui a cherché à réaliser un spectacle authentique et le plus honnête possible. Elle rappelle que personne n’est à l’abri de la maladie mentale. Tout peut parfois basculer rapidement.

Créée en 2012, cette œuvre a reçu de bonnes critiques et a touché profondément les gens. Seule sur la scène, l’interprète, qualifiée de lumineuse et de troublante, traverse divers états troubles et émotions associés à la maladie mentale, tels que la confusion, les répétitions, la fragilité ou encore le lâcher-prise. L’artiste a collaboré avec Marie Brassard, qui signe la mise en scène de ce spectacle comprenant aussi une forme de narration.

Anne Plamondon est reconnue, entre autres, pour son travail avec le Groupe Rubberbandance, dont elle a assuré la codirection artistique avec Victor Guijada pendant plusieurs années. C’est la première fois qu’elle propose un solo. Elle a voulu ainsi s’offrir un plus grand espace tant dans la création que dans la performance.

«Quand j’ai fait la paix avec cette idée d’un solo et que j’ai trouvé que j’allais le faire sur le thème de la vie de mon père, tout est venu facilement. Je n’avais plus l’impression d’être seule sur scène. C’est une histoire que je connais par coeur. J’ai toujours connu mon père comme ça, dès mon enfance. Je me souvenais de ses comportements et de ses états et je suis partie de ça pour créer un spectacle», a expliqué l’artiste de la danse qui est retournée à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, où son père avait été interné.

«Tout avait changé. J’ai rencontré une personne d’un programme d’accompagnement artistique qui m’a permis d’interviewer quatre artistes qui souffrent de maladie mentale. Ils me parlaient de ce qu’ils vivaient et ils ont été tellement généreux. Je n’ai pas utilisé ça dans la pièce, mais ça m’a aidé dans mon processus de création et à me sentir encore plus touché par leur réalité.»

Issue du monde du ballet et de la danse classique notamment avec les Grands Ballets Canadiens de Montréal, Anne Plamondon a fait le pont vers la danse contemporaine après avoir vu un spectacle du Nederlands Dans Theater.

«Quand j’ai vu leurs spectacles, ça m’a ouvert les yeux. Un an plus tard, je dansais là-bas. Ça m’a ouvert sur autre chose qui était possible en danse. C’est du contemporain, mais je suis issue du classique donc ça se voit dans le corps et dans le mouvement», a souligné celle qui a le sentiment de ne pas avoir encore atteint la perfection en danse.

Elle offre des performances très physiques, techniques et exigeantes, alliant puissance et légèreté.

«Ça demande du contrôle, de la virtuosité, de la grâce. Je danse tous les jours. Dans les derniers dix ans, je m’entraîne surtout avec la méthode Rubberban qui va puiser dans la danse urbaine et le ballet», a-t-elle ajouté.

Source Acadie Nouvelle