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Québec : CAMEE, le premier groupe d’entraide en santé mentale à Montréal

le 22 septembre 2017

Nous allons vous faire découvrir un dispositif d’ entraide en santé mentale né au Québec et qui depuis 30 ans fonctionne avec succès malgré un budget réduit. La clé de la réussite tient à l’idée d’origine et à ses membres, portés par la même envie de partage, d’échange sans qu’aucun jugement ne vienne interférer entre les personnes. Ce dispositif s’appelle CAMEE (centre d’activités pour le maintien de l’équilibre émotionnel).

Sa raison d’être : développer l’empowerment des personnes adultes vivant avec un problème de santé mentale par l’entraide et la solidarité, briser leur isolement, développer leur autonomie, favoriser leur réinsertion sociale, promouvoir leurs droits et combattre la pauvreté et les préjugés reliés à la maladie mentale. Nous avons pu échanger avec Jean-Nicolas Ouelett, le directeur ce dispositif et son meilleur supporter.

Présentez-nous le CAMEE.

C’est le premier groupe d’ entraide en santé mentale fondé et géré par et pour des personnes psychiatrisées et ex-psychiatrisées sans l’aide d’intervenant. Il est basé à Montréal Nord. Nous accueillons toutes les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale qui veulent faire un cheminement personnel et vivre l’entraide dans notre groupe, particulièrement celles qui ont un vécu en psychiatrie. Le Centre offre des activités de cheminement personnel et ayant une valeur thérapeutique. Ces activités se tiennent généralement en après-midi. En soirée, l’organisme programme des loisirs.

Comment ce centre est-il né ?

Le centre d’ entraide en santé mentale CAMEE est né en 1986 sous l’impulsion de personnes qui se définissaient comme ex psychiatrisées, qui avait vécu dans la psychiatrie et en étaient très insatisfaits parce que la prise en charge était uniquement médicale. Elles avaient besoin de parler, d’être écoutées, besoin de comprendre leur expérience. Pour cela elles avaient besoin d’échanger avec des personnes qui étaient passées par là pour savoir comment elles s’étaient adaptées et ce qu’elles faisaient pour améliorer leur santé. Cela a commencé avec trois femmes qui ont ouvert un petit groupe de discussion dans un centre communautaire proche d’ici. Les effets positifs se sont tout de suite fait sentir. Elles s’étaient rencontrées par le biais d’une petite annonce sur le journal local. L’une d’elles avait passé cette annonce pour se porter volontaire pour animer un groupe de discussion deux heures par semaine. Ensuite elles ont fait circuler l’Information dans quelques services psychiatriques. Puis le bouche à oreille a pris la suite. Deux heures par semaine se sont vite avérées insuffisantes. C’est là qu’a émergée l’idée d’avoir un lieu à soi. C’est arrivé au moment où au Québec nous vivions la désinstitutionalisation. De fait il y a eu de l’argent mis à disposition de centres de ressources inscrits dans la communauté. C’est grâce à cet argent qu’ils ont pu louer un local, qui est toujours le même. Cela fait donc 30 ans que l’organisme est soutenu par le ministère de la santé. Nous ne touchons  toujours pas assez d’argent mais on peut au moins fonctionner et conserver notre local avec trois employés à temps plein, grâce aussi à d’autres sources de financement. Pour ma part je suis arrivé en 1999.

Comment s’organisent les groupes ? Les personnes concernées s’organisent entre elles ou y a-t-il des professionnels pour les aider ?

Ce sont uniquement les personnes entre elles, il n’y a pas de professionnels de santé dans notre centre. De toute façon nous n’avions pas l’agent et même aujourd’hui en dehors de quelques animateurs d’atelier eux-mêmes concernés par les problèmes de santé mentale, nous n’avons personne. Quoi qu’il en soit, les premiers temps, la seule chose que les gens venaient chercher ici c’était de s’assoir et de parler et avoir une écoute. Les gens souffraient de l’isolement et de ne pas être écoutés dans le réseau de la santé. La plus ancienne activité qui est le groupe de partage est toujours la plus prisée. Ce ne sont que des échanges animés par une personne peut-être mieux portante que les autres, même si elle vient aussi pour une entraide en santé mentale. Les échanges portent sur la semaine précédente, sur les difficultés, sur les solutions trouvées par les uns ou les autres et partager leurs acquis de sagesse. Beaucoup vivent seuls, quelques fois exclus de leur famille. La règle d’or est que chacun doit parler le temps qu’il juge nécessaire mais tout le monde doit rester jusqu’à la fin.

Combien de personnes fréquentent CAMEE ?

Officiellement, à fin 2016 nous avions 107 membres, mais ceux qui fréquentent régulièrement le centre et assidûment les ateliers sont plutôt 60. Bien sûr d’une semaine à l’autre la fréquentation varie car l’accès au centre est totalement libre pours ses adhérents. CAMEE est ouvert du lundi au vendredi et le samedi après-midi. Cela représente plus de 60 heures par semaine de disponibilité. Nous ne voulions pas utiliser le mot psychiatrie dans notre appellation car il stigmatise trop et parfois fait peur. Des personnes ont subi de lourds traumatismes et ont besoin de CAMEE mais elles ne souffrent pas de maladie mentale. Les fondatrices portaient tout un bijou de type Camé, elles ont voulu en faire un signe de ralliement et ont cherché un nom qui s’approchait du nom du bijou, c’est une des anecdotes sympathiques du début que l’on aime raconter.

En 30 ans, quelles statistiques avez-vous pu faire émerger ?

Pour nous l’accès au centre est libre et volontaire donc nous ne faisons pas de statistiques. Notre doyenne est ici depuis 23 ans et nous ne la voyons presque plus, certaines personnes restent six mois puis nous ne les revoyons plus. En fait nous ne gardons en tout et pour tout sur les personnes que leur nom, prénom, et leurs coordonnées car la loi nous l’impose. Ça ne va pas plus loin. Les personnes viennent ici en fonction de leurs besoins et ne sont contraintes à aucune présence et encore moins à nous rendre des comptes sur ce qu’elles font de leur vie en dehors du centre. Même pour celles qui viennent depuis très longtemps, on ne sait rien de leurs problèmes de santé. Elles peuvent venir plusieurs fois par semaine durant plusieurs mois, puis ne venir plus qu’une fois par mois. Ce sont elles qui décident. De plus, 10% d’entre elles ont un emploi, ce qui limite leur temps de présence.

Comment mesurez vous les effets positifs du passage dans ce centre d’ entraide en santé mentale?

On ne relance pas les gens, mais comme nous sommes une petite ville de 80 000 habitants, on finit tous par passer dans les mêmes commerces, dans les mêmes rues, dans les mêmes endroits, c’est comme ça que l’on peut se suivre. Certaines personnes viennent prendre un café et donner des nouvelles et en donner sur d’autres personnes qu’elles ont croisées. De manière spontanée, l’un de nos indicateurs de réussite c’est que nous n’ayons plus de nouvelles. Nous croyons que la liberté c’est thérapeutique, on ne veut pas donner l’impression au gens qu’ils sont évalués ou suivis. Nous ne voulons surtout pas être intrusifs. Ce que l’on peut facilement démontrer, c’est quand une personne arrive chez nous dans un état quasi végétatif et qu’après son passage chez nous, elle reprend une vie sociale et se remet en activité. Certaines se lancent dans la recherche d’un emploi ou dans des études. Nous avons beaucoup de témoignages de ce genre. Camée existe pour mettre les personnes en contact et crée l’entraide. C’est un sport de contact, pour que les gens puissent échanger se parler s’inspirer les uns des autres. Tous ceux qui sont venus chez nous, nous parlent de l’avant et de l’après Camée.

Source Handirect